‘Showa tan Kashowa.’ Le double et la moitié : cycles d’échanges et asymétries entre les vivants et les morts chez les Ibaloy de Upper Loacan(Benguet, Philippines)
(fr) Les Ibaloy sont un groupe d’autochtones habitant la province de Benguet, dans la Cordillère des Philippines. Anciens chasseurs de tête, ils exploitent l’or dans des mines artisanales et cultivent des jardins sur abattis-brûlis et en terrasse à flanc de montagne. Ils vivent dans des baley, des maisons, autour desquels ils structurent l’ensemble de leur habitat. Cet espace est divisé de manière équitable entre les enfants, et est transmis de génération en génération au sein d’un même lignage. Leur société est organisée autour de l’échange de dettes, donnant lieu à des inégalités de statut, distinguant de riches propriétaires créditeurs des plus pauvres. Ces différences socioéconomiques permettent une circulation continue de biens et de services, et composent un dense tissu social entre les membres d’un même réseau. Les Ibaloy vivent dans un monde dans lequel les morts sont omniprésents. Les défunts mangent et boivent avec les humains au quotidien et dans les rituels dans lesquels ces derniers leur offrent nourriture, alcool, tabac, cochons, vêtements, et monnaies. Pour hériter d’un lot, les descendants doivent payer pour les dépenses des funérailles de leurs parents, et prendre soin de leurs restes humains enterrés, assurant, au cours de rituels d’offrandes et d’exhumation s’étendant sur plusieurs générations, de leur donner tout ce dont ils ont besoin pour qu’ils se transforment en ancêtres. L’héritage permet de pallier les inégalités sociales en permettant à chaque couple marié d’avoir accès à un lot. Pour occuper la terre, les vivants doivent maintenir des relations asymétriques avec les morts. Les seconds peuvent exiger des premiers qui doivent obtempérer ou subir leur courroux, espérant obtenir leur chance, leur protection, et une bonne vie. Maîtres de la vie et de la mort, les ancêtres possèdent la terre que les humains occupent et cultivent en leur nom. Si les humains doivent leur existence à leurs parents défunts qui les ont mis au monde et leur ont transmis un héritage, ils passent leur vie à rembourser une « dette de vie » qu’ils leur doivent. La mort constitue en définitive une étape d’un cycle de vie qui se répète, connecte, et double le monde des humains.
Laugrand, A. (2023). ‘Showa tan Kashowa.’ Le double et la moitié : cycles d’échanges et asymétries entre les vivants et les morts chez les Ibaloy de Upper Loacan(Benguet, Philippines). https://hdl.handle.net/2078.5/29260