La relation entre Dieu et la création : confrontation entre la somme théologique de Thomas d?Aquin et la pensée de Charles Hartshorne (Process thought)
(fr) Ancien assistant de A.-N. Whitehead, Charles Hartshorne (1897-2000) interprète systématiquement certains principes du philosophe de Harvard et en dérive un théisme novateur. Contrairement à la théologie (philosophie) de Thomas d'Aquin (exemple : ST q. 28, a. 1, sol. 3) et à celle de l'Église, ce théisme préconise que « la relation entre Dieu et la création est réelle aussi bien du côté du monde que de celui de l'être divin ». Ce principe constitue l'épine dorsale de la Process Thought en général. Sa version hartshornienne se formule sous une forme logico-matricielle inspirée de R. Carnap, C.I. Lewis et K. Popper et de la créativité de Whitehead. Dans les travaux de Hartshorne, cette relation entre Dieu et la création est considérée à la fois comme une amélioration de l'argument ontologique anselmien et une remise en cause de la théologie/philosophie thomasienne. Du point de vue de la théologie révélée, la pensée hartshornienne, appelée significativement « néoclassique », entraîne une remise en cause de la trinité, de la christologie, de la création ex nihilo, de l'inspiration des Écritures, de l'infaillibilité et du sens chrétien de la souffrance (et du mal).etc. À la suite d'une lecture herméneutique comparée confrontant la théologie néoclassique à la pensée de Thomas d'Aquin, cette thèse soutient que, tout en disposant d'éléments pertinents, le système théologique hartshornien est inachevé en certains aspects. Il accuse des limites et laisse des questions encore ouvertes. Dans cette perspective, la théologie néoclassique ne doit pas nécessairement constituer une alternative par rapport au théisme thomasien et à l'expérience religieuse dans l'Église catholique (comme l'aurait voulu Hartshorne). En effet, face aux questions théologico-philosophiques auxquelles ils sont confrontés, certains concepts hartshorniens peuvent être aussi insérés dans une nouvelle synthèse les articulant aux catégories de Thomas d'Aquin. Ladite synthèse produirait une rationalité théologique plus féconde, ouverte à la Process Thought, à la révélation chrétienne, aux sciences formelles (et naturelles) et aux requêtes de la postmodernité. Appelée théologie différentielle, cette rationalité théologique serait à la fois apophatique et positive. Alliant la cognoscibilité (même logico-axiomatique) et l'incognoscibilité (ou l'obscurité) divines dans une conception plus approfondie de la créativité, une telle théologie concilierait l'absoluité et la relativité de Dieu dans un concept théologique révélé du rapport entre Dieu et la création. Un tel système de pensée serait éclairant pour la pastorale de l'Église et la théologie fondamentale en contexte de postmodernité. Outre ceux de Thomas d'Aquin et de C. Hartshorne, les apports de penseurs, tels que Nicolas de Cues, J. Derrida, A. De Libera, C. Pannacio, P-W. Rosemann, D. Tracy, J. Ladrière, A.-N. Whitehead, D. Griffin et J. Cobb, y seraient partiellement exploités.
Ongombe Taluhata, D. (2008). La relation entre Dieu et la création : confrontation entre la somme théologique de Thomas d?Aquin et la pensée de Charles Hartshorne (Process thought). https://hdl.handle.net/2078.5/129268