(fr) Lorsque l’on questionne le rapport entre psychiatrie et phénoménologie, la psychopathologie phénoménologique et, dès lors, le problème de l’accès effectif à l’expérience de la folie semble constituer un point de départ obligé. En tant qu’étude des conditions de possibilité de l’expérience, la phénoménologie offre à la psychiatrie un regard positif sur l’état morbide en y voyant une modalité de l’expérience qui, en tant qu’expérience-limite, dévoile la structuration profonde de l’existence humaine. Dans cette perspective, le travail philosophique a pour but d’examiner les modalités des états morbides en manifestant la normalité qui leur est inhérente malgré leur spécificité. L’objectif de la présente thèse consistait à interroger cette vision de l’interaction entre la phénoménologie et la psychiatrie. À travers l’étude des conditions de la rencontre clinique, il devient, à notre sens, évident qu’afin de proposer une analyse intégrale de la situation clinique, le regard du chercheur doit nécessairement être porté non seulement sur le patient, mais aussi sur le soignant ; car le spécialiste, lui aussi, se trouve face à l’expérience psychotique et c’est en lui répondant qu’il constitue sa pratique. Il en ressort que l’entrelacement entre la phénoménologie et la psychiatrie doit être repensé à partir du fait que le médecin adopte une attitude phénoménologique en réponse à l’expérience psychotique en s’exposant dès lors à une transformation à la fois personnelle et professionnelle. Cette thèse vise ainsi à tracer les lignes d’une nouvelle forme de psychiatrie phénoménologique qui prend pour point de départ la figure du médecin en tant qu’acteur de la rencontre clinique, plus précisément en tant que celui qui témoigne de la folie. En accentuant ainsi le rôle du soignant, la présente étude interroge le sens de l’humanisation de la pratique psychiatrique et le rapport que cette pratique entretient avec l’institution.