La diversité dans les médias : concurrence et (re)configuration de problèmes publics dans des discours politiques et institutionnels francophones belges

(2025) Les industries culturelles au prisme de la « diversité » : acteurs, enjeux, pratiques — Location: Paris (20.November.2025)

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En Belgique francophone, la thématique de la « diversité dans les médias » semble avoir émergé au milieu des années 2000, suivant notamment la dynamique apparue chez son voisin français, principalement autour de la question de la diversité dans l’audiovisuel. Dans la foulée des discours tenus en France à cette même période, la question de la diversité dans les médias a en effet été prise en charge par les autorités publiques, le gouvernement, avec l’autorité de régulation audiovisuelle, mettant en place des politiques publiques visant à promouvoir la « diversité » et « l’égalité » dans le secteur audiovisuel. Depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, la « diversité » constitue un axe récurrent des politiques publiques audiovisuelles et des discours politiques en matière de médias. Dans une lecture pragmatiste des problèmes publics, pour laquelle le problème public est construit, ou plutôt constitué ou configuré, « nommer et narrer, c'est déjà catégoriser, faire advenir à l'existence et rendre digne de préoccupation », mais c’est aussi « déjà agir, entrer dans une logique de désignation et de description du problème en vue de le résoudre » (Cefaï 1996). Le problème public est source d’attention et d’action publique tout en étant sujet de conflits et controverses en vue d’apporter une solution par des publics mobilisés autour d’une cause commune sur laquelle le processus de nomination a un effet. Le problème public se structure donc autour d’arènes dans lesquelles différents groupes et institutions échangent pour s’approprier le problème, définir ses responsabilités causales et politiques et est influencé par son contexte géographique et temporel (Gusfield 1984). L'arène politique et institutionnelle publique a un rôle dans l’orchestration « de manière polyphonique des discours qui mettent aux prises des acteurs autour de la définition d'un problème public dans ce que Daniel Cefaï appelle ‘des arènes publiques’ » (Arquembourg 2003). La diversité dans le contexte des médias peut être conçue tour à tour comme dénommant un problème public ou comme une solution au problème public de la discrimination. En France, la question de la « diversité dans les médias » a développé sa propre dynamique par rapport à la notion plus large de « diversité ». Nayrac a retracé dans un article la « publicisation et [le] traitement d’une nouvelle question sociale » de la représentation des « minorités visibles » à la « promotion de la diversité dans les médias » (Nayrac 2011). En 2005, en réaction à des émeutes en banlieue, qui ont donné lieu à une prise de conscience de fractures sociales importantes entre différentes parties de la population, « le Président de la République a convoqué les principaux responsables des médias pour leur reprocher de ne pas refléter « la réalité de la société française » dans sa « diversité » » (Chupin, Soubiron, et Tasset 2016). Le discours du président aurait été le point de départ d’un effet de différenciation du sens de diversité dans les entreprises médiatiques par rapport au reste du paysage (Chupin, Soubiron, et Tasset 2016). Chupin, Soubiron et Tasset remarquent que les positions prises par le CSA, principal acteur des politiques publiques qui suivront, sur la « diversité dans les médias » sont celles de la représentation-miroir, ce qui « détermine un problème public et formate les réponses qui pourraient lui être apportées (Gusfield, 1981 : 55-61) ». (Chupin, Soubiron, et Tasset 2016). L’objectif central de cette communication est de montrer comment a émergé et circulé le problème public de la « diversité dans les médias » en Belgique francophone dans les discours politiques et institutionnels publics et sous quelle forme. La circulation des usages formulaires (Krieg-Planque 2009) de la dénomination diversité, dont le flou et la plasticité ont maintes fois été démontrés (Auboussier et al. 2023 ; Derinöz 2023), a pu progressivement déplacer, (re)configurer ou concurrencer des problèmes publics analogues comme la « discrimination », le « racisme » ou l’« égalité » dans les arènes publiques politiques et institutionnelles publiques belges francophones dans les discours relatifs aux médias. En effet, si ces notions partagent des terrains communs et peuvent apparaitre conjointement dans des discours, l'accent mis sur la « diversité » peut tendre à modifier les logiques d’action publique, entraînant des effets de cadrage et d’agenda particuliers, orientant les dispositifs et politiques vers des approches spécifiques. Mobilisant une approche issue de la sociologie des problèmes publics (Cefaï, 1996 ; Gusfield, 1984) articulée à l’analyse de discours (Krieg-Planque, 2009 ; Maingueneau, 2014), cette recherche repose sur un corpus constitué de textes parlementaires, de documents gouvernementaux et de contrats de gestion négociés entre l’État et le médias de service public, couvrant une période de quinze ans. L’analyse s’appuie à la fois sur des outils d’analyse qualitative du discours et sur des logiciels d’analyse statistique textuelle. Cette communication contribue à éclairer les dynamiques de construction des politiques publiques de diversité envers les industries culturelles et médiatiques, en soulignant les logiques de circulation transnationale de discours et les concurrences de cadrage entre différents problèmes publics.
Affiliations

Citations

Derinöz, S. (2025). La diversité dans les médias : concurrence et (re)configuration de problèmes publics dans des discours politiques et institutionnels francophones belges. Les industries culturelles au prisme de la « diversité » : acteurs, enjeux, pratiques, Paris.