Depuis nombre de décennies, les politiques d’enseignement supérieur s’inscrivent dans des logiques de massification avec des attentes importantes en termes de réussite des étudiant.e.s. Ainsi, l’OCDE (2011) a établi un plan Horizon 2030 incitant à une expansion continue de l’accès et de la réussite permettant d’atteindre à minima 50% de diplômés de l’enseignement supérieur ainsi qu’une réussite plus équitable. Gale & Parker (2017) résument cet enjeu comme une volonté de permettre à un maximum d’étudiants présentant des profils de plus en plus variés de réussir dans l’enseignement supérieur. Ces propos traduisent la volonté d’une démocratisation quantitative (augmentation des taux de réussite) et qualitative (réduction des écarts de performances en fonction des différences sociales, économiques, ethniques, culturelles…), la réussite telle que décrite par Maroy (2008). Cette attention portée sur la réussite dans l’enseignement supérieur renvoie initialement à des perspectives où l’éducation est considérée comme un facteur de croissance économique et de meilleures rémunérations pour les plus qualifiés dans une économie de la connaissance portée par une augmentation de la qualification de la population (pour une revue, voir Logossah 1994). Désormais de nouveaux arguments sont développés autour de la nécessité de l’augmentation du niveau de qualification afin de répondre aux enjeux futurs de la société et à l’évolution du monde du travail. Certains auteurs tels que Žalėnienė & Pereira (2021) précisent ainsi que l’enseignement supérieur serait le vecteur principal pour développer les compétences des connaissances de haut niveau nécessaires aux enjeux présents et futurs de bâtir une société plus durable et équitable. Ces perspectives renvoient à différentes finalités de l’enseignement supérieur avec d’un côté une logique professionnelle visant à l’employabilité et l’adaptation des étudiants aux conditions du marché du travail, et d’un autre côté logique culturelle, plus proche des traditionnelles missions de l’enseignement supérieur, visant des objectifs de culture et d’émancipation intellectuelle, morale et professionnelle des étudiants formés (Roegiers, 2012). L’atteinte des objectifs de réussite tend à être analysée au travers d’indicateurs globaux tels la performance en première année ou le taux de diplomation, avec des attentes politiques et institutionnelles d’accroissement de ces indicateurs. Considérés comme trop faibles à l’université, ils ont participé à l’émergence de recherches sur la réussite (pour des recensions en contexte francophone : Michaut, 2023). Cependant, force est de constater que, malgré les nombreuses recherches sur le sujet et la démultiplication des moyens d’accompagnement des étudiants, le taux de réussite à l’entrée de l’université reste relativement stable. Ainsi, en Belgique comme en France ce taux avoisine les 40% depuis près de trente ans (Perret et De Clercq, 2022). Ce taux de réussite souffrirait d’une constante manifestement insensible aux efforts des uns et des autres, et ce malgré de nombreuses dispositifs d’aide à la réussite (Parmentier, 2011; Morlaix & Perret, 2013). Les acteurs et actrices de la réussite pourraient alors se sentir relativement démunis face à l’impératif de renforcer une réussite qui se mesure par un taux global de réussite. Mais est-ce l’unique perspective d’analyse pour répondre à ces enjeux ? Quels sont les réels enjeux sous-jacents de réussite et comment les mesurer de façon opérationnelle ? Que se cache-t-il derrière la notion de réussite ? Ce sont à ces questions que cet article ambitionne de répondre. Au travers d’une analyse de la recherche sur la réussite universitaire et sur la transition vers l’enseignement supérieur, cette présentation vise à proposer une vision plus nuancée, mieux définie et plus opérationnelle de la réussite dans l’enseignement supérieur. Ce travail offre un cadre de référence plus précis permettant de mieux expliciter les enjeux de réussite visés par les politiques, les institutions et les actions d’accompagnement. Plus précisément, trois dimensions de la réussite émergent de l’analyse théorique. Premièrement, la réussite académique reprise de Roland et ses collègues (2015) serait : « La satisfaction d’un étudiant aux critères minimaux de maîtrise des compétences relatives à son cursus selon les normes, les usages et les décrets de son contexte éducatif validée par le jury de délibération " (p.8). Cette réussite se mesurerait par différents indicateurs tels que le taux de réussite, le taux d'abandon, le taux de diplomation, le pourcentage de crédits validés. Deuxièmement, la réussite éducative, entre autres basé sur les propos de Lapostolle (2006), serait l'évolution dans le degré de maîtrise et le type de connaissances et compétences développées par l'étudiant dans un programme d'enseignement supérieur. Cette forme de réussite se mesurerait par le niveau de performances dans les cours, et des tests de compétences disciplinaires ou transversales. Finalement, la réussite étudiante (ancrée dans les travaux de Schreiner et al., 2020) se définirait comme l’atteinte par l’étudiant de (1) ses objectifs personnels selon sa temporalité et son contexte, et (2) une forme de stabilisation dans l’enseignement supérieur. Cette dernière forme de réussite serait à son tour divisée en 5 sous-dimensions : la réussite personnelle, volitionnelle, vocationnelle, psychoaffective et sociale. L’ensemble de ces aspects seront plus amplement discuté dans la présentation. La discussion reviendra également sur la grande plus-value d’une meilleur conceptualisation et opérationnalisation de la réussite pour la régulation des actions de soutien à l’étudiant et la fixation d’objectifs clairs et mesurables de pilotage de l’enseignement supérieur.
De Clercq, M., Cathy Perret, & Alice Constans. (2025). Dépasser l’approche quantitative de la réussite dans l’enseignement supérieur : Approche tridimensionnelle et conceptualisation. AREF 2025, Liège. https://hdl.handle.net/2078.5/247893