Dans cette contribution, je m’intéresse à la critique du génie de Nietzsche dans Humain, trop humain (1878) et à la redétermination de son approche des phénomènes artistiques dans Opinions et sentences mêlées (1879) afin de faire ressortir la perspective unique que Nietzsche y développe sur le rapport entre oeuvre et auteur. En critiquant la place excessive confiée à l’artiste dans la «superstition du génie», puis en formulant une conception de l’art à partir du rejet du primat des oeuvres d’art, Nietzsche évite de rompre le lien unissant l’auteur à son oeuvre pour faire du lien même l’objet de sa réflexion, dans une pensée de l’art comme transfiguration appliquée à l’existence propre. Je propose ce faisant une nouvelle lecture de sa critique du génie, qui replace celle-ci dans la continuité du développement de sa réflexion sur l’art et qui souligne les transformations que subissent les deux fonctions, cognitive et palliative, que Nietzsche prête d’abord à l’art et au génie dans la continuité de Schopenhauer et de Wagner.
Lebeau-Henry, C. (2022). Nietzsche contre ses génies. Sur la redéfinition du rôle de l’art et de l’artiste dans Humain, trop humain et Opinions et sentences mêlées. Revue Philosophique de Louvain, 119(3), 385-413. https://doi.org/10.2143/RPL.119.3.3291100 (Original work published 2022)