Longtemps considéré comme un phénomène marginal, et parfois même suspect, le haut potentiel est devenu un motif de consultation de plus en plus fréquent depuis une quinzaine d’années. Les demandes font référence à des motifs variés. Un grand nombre de ceux-ci ont trait à des difficultés dans le cadre scolaire : ennui, problèmes relationnels, phobie scolaire, décrochage… La prise en charge de ces demandes soulève de nombreuses questions, à commencer par la définition même du haut potentiel intellectuel et par le choix des critères permettant son identification. Il n’y a pas aujourd’hui de définition du haut potentiel qui fasse l’objet d’un large consensus. Quant au critère généralement utilisé d’un QI égal ou supérieur à 130, il est très discuté, car ce score global recouvre souvent des performances intellectuelles hétérogènes. Certains auteurs ont suggéré que cette hétérogénéité aurait un fondement neurologique et que, sur cette base, il serait possible de catégoriser des formes de haut potentiel. Les bases empiriques de cette hypothèse sont toutefois discutables. La fragilité des modèles du haut potentiel et des critères de son identification a d’évidentes répercussions sur le plan scolaire. Les représentations qu’ont les enseignants du haut potentiel sont aussi variées que celles des psychologues. Elles vont de la négation pure et simple de l’existence du haut potentiel jusqu’à des représentations sophistiquées associées à des pratiques innovantes. Dans un tel contexte, le dialogue entre psychologues et enseignants peut se révéler particulièrement compliqué. Pour notre part, nous défendons un modèle développemental du haut potentiel qui permet une meilleure compréhension des phénomènes observés et une identification sur la base de critères robustes. Cette approche développementale du haut potentiel permet également un dialogue fructueux avec les enseignants, car elle évite une représentation catégorielle et statique du haut potentiel, et donne aux enseignants un rôle actif dans le développement des potentialités de leurs élèves.
Grégoire, J. (2021). Articuler la clinique neuropsychologique et les pratiques scolaires : l’exemple du haut potentiel. 4e Congrès National de Neuropsychologie Clinique Rennes, Rennes. https://hdl.handle.net/2078.5/110402