Jugeant qu’assez de « légendes » avaient été publiées sur le compte des peintres de la tradition, Théophile Silvestre s’attelle, dès 1853, à un ambitieux projet : il entreprend d’écrire une histoire des « artistes vivants » dont il fait réaliser le portrait photographique, qu’il complète d’un portrait littéraire saisi « d’après nature ». La démarche de Silvestre, au croisement de la critique d’art, de la littérature et du journalisme, se distingue par sa radicalité de ton et sa volonté de restituer avec « autant de fidélité que d’indépendance » les personnalités de peintres si diverses. Il s’agit de comprendre comment la sincérité, qui caractérise son approche, s’élabore en faisant usage d’une ironie virulente censée doubler la « dureté » et la « rigueur » de l’image photographique. Un tel projet ne peut s’accomplir sans certaines contradictions, voire certains paradoxes.
Zanetta, J. (2019). Ressemblance et identité : Théophile Silvestre et l’art du portrait d’après nature. Romantisme : littératures - arts - sciences - histoire, 2(176), 80-89. https://hdl.handle.net/2078.5/170619 (Original work published 2017)