En 1966, la Révolution cubaine se dote de ses premiers poètes officiels, réunis autour de la revue Le Caïman barbu, supplément culturel du journal de l'Union de la Jeunesse Communiste. Les "caïmans barbus" ont alors en charge de construire, par leur travail poétique, une mythification de l'histoire révolutionnaire cubaine et de celle de pays alliés (Russie, République Démocratique du Vietnam, Chili de Allende, Angola). Or, la portée symbolique de ces héros et récits extraordinaires se fonde chez eux sur une transformation émotionnelle de l'histoire révolutionnaire. Tout en reprenant l'eschatologie marxiste, les caïmans barbus vident en effet de leur logique rationnelle les récits officiels jusqu'à les rendre parfois difficilement acceptables par le régime. Ce traitement émotionnel peut en effet être à double tranchant : il sert l'adhésion quand il est colère contre l'ennemi ou admiration et identification à des héros mais devient dangereux quand il montre trop d'empathie pour certaines positions critiques, même mineures en menaçant, selon le régime, le jugement moral du lecteur. Cette ambigüité émotionnelle, parfois condamnée comme un excès lyrique par les critiques, leur vaudra d'être disqualifiés par le régime, obligeant un grand nombre d'entre eux à l'exil. Depuis l'Espagne ou depuis les geôles castristes, ils réécrivent alors ces mythes de façon négative et avec un pathos dont une des visées est l'obtention de soutiens financiers et politiques à l'étranger. Ce sera notamment le cas du gouvernement espagnol qui finança, à hauteur de plusieurs centaines de milliers d'euros, la nouvelle revue du groupe du Caïman barbu. Cette communication visera donc à interroger le rôle politique et littéraire de l'émotion dans la construction des mythes révolutionnaires poétiques des caïmans barbus, de la fondation du groupe en 1966 à son exil en Espagne dans les années 1990.
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Casa de Velazquez
Citations
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Chicago
FWB
Damerdji, A. (2016). L’émotion dans la construction des mythes de la Révolution cubaine. IVe Congrès International de Mythocritique, Madrid - Université Complutense. https://hdl.handle.net/2078.5/120681