En partant d’un petit fait textuel apparemment anodin – soit la présence remarquablement insistante du pronom « nous » (wir, uns) dans la Généalogie de la morale – l’article interroge la signification philosophique de cet usage répété et de ses diverses variations pour l’entreprise collective que Nietzsche appelle de ses vœux sous l’étendard de la généalogie. L’objectif est d’identifier et de mettre en lumière ce « nous » auquel Nietzsche s’associe en interpelant les « hommes de connaissance », en montrant comment il se construit et comment il s’articule aux autres « nous » (« nous, philosophes », « nous psychologues », « nous, modernes », etc.) qui peuplent le texte. On défend ici l’hypothèse que le « nous » – celui, tout d’abord, des « hommes de connaissance », mais aussi ses autres avatars, plus ou moins proches – est, d’une part, l’incarnation pronominale de la dimension plurielle et collective du projet de la généalogie et que, d’autre part, il fonctionne dans l’écriture comme un opérateur perspectiviste de la méthode généalogique, qui permet à celle-ci de prendre au sérieux la tâche nouvelle de ce projet collectif (« notre problème »), tout en déjouant l’idéal ascétique de la connaissance de soi.
Landenne, Q. (2022). La formation perspectiviste du “nous” dans la Généalogie de la morale. Cahiers philosophiques de strasbourg, 51. https://hdl.handle.net/2078.5/167071 (Original work published 2022)