Véritable opérateur de passage entre l’espace pictural et l’espace spectatoriel, la figure d’admoniteur décrite par Alberti dans son De Pictura s’inscrit en porte à faux avec la « "fermeture" de l’œuvre sur elle-même » théorisée avec le tracé primordial de la fenêtre. Souvent située au seuil de la représentation, cette figure de contact peut alors en excéder les bords. Cette « figure-de-cadre » comme l’appelle Louis Marin, met en évidence un rapport presque consubstantiel entre le cadre et le corps de la figure transgressive. Telle une incarnation anthropomorphe du cadre avec lequel elle fait corps, ce corps délégué du cadre est ainsi chargé d’instaurer un dialogue avec le corps du spectateur, lui signifiant par-là la modalité du regard à porter sur la storia. Pour comprendre comment la figure de cadre incarne le lieu de l’échange par excellence entre l’univers de la fiction et le monde du spectateur, cet article met en évidence diverses modalités d’intégration de cette figure à la narration jusqu’à sa possible autonomisation. De la figure totalement incorporée à la plus marginalisée, nous verrons comment la figure d’encadrement peut parvenir à acquérir une existence propre.
Loos, R. (2021). Le cadre incarné : corps à corps aux marges du décor. Images re-vues : histoire, anthropologie et théorie de l’art. Accepted/in-press. https://hdl.handle.net/2078.5/167776 (Original work published 2021)