Yves Congar est une des grandes figures qui ont marqué la théologie chrétienne au XXème siècle. Ses publications abondantes ont traité des différentes questions théologiques, surtout dans le domaine de l'ecclésiologie et de l'oecuménisme. C'est dans ce contexte que se forgeront la grande réputation et le renom qui lui reviennent. Plusieurs travaux ont été consacrés à l'interprétation de la pensée ecclésiologique et oecuménique de Congar. Comme on le sait, un discours théologique chrétien ne s'élabore que sur la base d'une certaine conception christologique. De ce fait, la pensée de Congar est aussi axée et centrée sur une christologie. Mais une lecture progressive et attentive de Congar fait voir que le discours christologique ne se suffit pas à lui seul. Il est toujours dans un rapport nécessaire avec un discours pneumatologique. Telle est précisément la problématique de cette étude : comment christologie et pneumatologie s'articulent-elles dans l'oeuvre de Congar ? Depuis quelques années, la recherche christologique est attentive au rapport entre le Christ et l'Esprit. Jacques Dupuis le confirme en ces termes : " Il faudrait développer de la même façon les implications de son (Jésus) rapport avec l'Esprit. Dans les années récentes, l'attention s'est fixée, à juste titre, sur l'exigence de construire une christologie de l'Esprit ". Congar est l'un de ces théologiens qui ont réfléchi sur le rapport entre la christologie et la pneumatologie. Entre 1980 et 1985, plusieurs de ses écrits ont souligné non seulement l'importance, mais bien plus la nécessité d'établir un tel rapport entre le Christ et l'Esprit. La pensée théologique catholique dominée par la doctrine du "Filioque" a souvent présenté l'Esprit Saint dans une position de subalterne par rapport au Christ. Aussi a-t-elle été taxée de "christomonisme" par les orthodoxes. Congar, lui, estime qu'il y a lieu de repenser le rapport entre ces deux Personnes de la Trinité dans une perspective de complémentarité (jamais l'Une sans l'Autre), de co-institution de l'église, de réciprocité d'action. Cette vision est si importante qu'elle oriente du coup notre manière de faire la théologie, de concevoir l'Eglise, d'établir le rapport avec le monde, les autres communautés chrétiennes et les autres religions aujourd'hui.