Avant de traduire le Cantique d’après l’hébreu, Jérôme a révisé l’ancienne version latine d’après les Hexaples. Jérôme cite-t-il sa révision hexaplaire ? C’est probablement le cas dans le Contre Jovinien, écrit en 393, dont deux chapitres offrent un tissu serré de citations du Cantique. Ailleurs, les citations sont brèves et éparses. Jérôme cite le Cantique de mémoire, tel qu’il a le verset en tête au moment où il écrit. Le type de texte cité est rarement identifiable. Jérôme cite-t-il sa traduction d’après l’hébreu ? C'est parfois le cas : Les derniers mots de Ct 5,1 sont probablement cités d’après la traduction sur l’hébreu dans un passage du Commentaire sur Isaïe (VII, 51 sur Is 23,15-18, éd. Gryson, t. 2, p. 868) : Comedite, amici, bibite et inebriamini, carissimi, car la leçon carissimi correspond à l’hébreu dôdîm, alors que dans un autre passage du même ouvrage (XVII, 22 sur Is 62,8-9, éd. Gryson, t. 5, p. 1772), le v. est cité avec la leçon fratres, qui correspond au grec ἀδελφοί. En fait, on voit que Jérôme cite presque toujours une traduction d’après la LXX. Les bien-aimés sont toujours le fratruelis et sa proxima, jamais le dilectus et son amica, comme dans la traduction d’après l’hébreu. Ct 2,4 est toujours cité avec les verbes à l’impératif : introducite me in cellam uini, ordinate in me caritatem, et non avec l’indicatif comme dans la traduction d’après l’hébreu (introduxit me…, ordinauit). La bien-aimée monte dealbata (8,5 = λελευκανθισμένη) et non de deserto, comme dans le traduction d’après l’hébreu.
Auwers, J.-M. (2019). Jérôme cite-t-il ses propres traductions du Cantique des cantiques? Hieronymus noster, Ljubljana. https://hdl.handle.net/2078.5/125496