L’arrivée au secondaire d’élèves en difficulté de lecture retient périodiquement une part de l’attention des acteurs de la scène scolaire et médiatique, les discours tenus par les uns et par les autres étant le plus souvent teintés d’alarmisme. Qui sont les élèves réputés « faibles » et « mauvais » lecteurs si on les considère dans leur diversité et dans leur singularité ? De quelles difficultés parle-t-on quand on parle de difficultés de lecture au début du secondaire ? Comment expliquer que certains adolescents ne comprennent pas ce qu’ils lisent ? Plus précisément, que comprennent les élèves en difficulté de lecture quand ils lisent ? Quels modes de lecture, quelles attitudes, quelles stratégies mettent-ils en œuvre quand ils s’efforcent de comprendre ou d’interpréter des textes littéraires ? Quelles sont les réponses didactiques les plus adaptées aux difficultés des élèves ? Telles sont les questions qui constituent tout à la fois le moteur, l’origine, la trame et le sens de cette recherche doctorale. La recherche cible les élèves présentant un déficit spécifique de la compréhension au début de l’enseignement secondaire. Elle vise une double finalité compréhensive et praxéologique : le projet de recherche est pensé en termes d’apports à la fois à l’analyse des difficultés et à l’outillage des pratiques enseignantes. Ces deux objectifs dialectiquement articulés débouchent sur une recherche qualitative, longitudinale et écologique, dont le format consiste plus précisément en une recherche-action collaborative à dispositif ouvert. Des dispositifs d’évaluation et de formation de dix lecteurs identifiés en difficulté de lecture au début du secondaire ont été conçus en collaboration avec les enseignants, mis en œuvre et ajustés d’une étape à l’autre en fonction des effets perçus. Les dix cas d’étude ont été observés in situ et accompagnés au fil de deux années scolaires. Le programme d’intervention mis en œuvre repose en outre sur différentes hypothèses à propos des réponses didactiques qui paraissent les plus appropriées pour aider les lecteurs en difficulté. Je postule ainsi la pertinence de la lecture littéraire pour remobiliser les élèves à l’égard de la lecture : adapté aux lecteurs, posé au départ d’un tressage de critères d’attractivité et de complexité, le choix des textes littéraires peut contribuer à l’acculturation à l’écrit, au développement cognitif, à l’accroissement de la motivation et, dans certains cas, à la (re)construction de soi. Font aussi partie des postulats de recherche relatifs à l’aide aux lecteurs en difficulté (1) la clarification, pour l’apprenant, de la lecture en tant qu’activité et de ses propres procédures de lecteur, ainsi que (2) le développement de l’estime de soi et du sentiment de sécurité lecturale. Enfin, je postule que l’aide aux « mauvais lecteurs » passe par une clarification, pour l’enseignant, des dispositifs de problématisation « impliquée » des textes (ce qui présuppose de penser les tâches de sorte qu’elles soient signifiantes et stimulantes tant pour le lecteur pris isolément que pour la communauté des lecteurs) et par une clarification des dispositifs d’évaluation de l’activité de compréhension des lecteurs. La thèse se constitue de trois parties. La première partie, subdivisée en quatre chapitres, est consacrée à l’explicitation des cadres théoriques et de leur processus de construction progressive. Un premier chapitre s’attache à définir la conception de l’activité de lecture en général et de la lecture littéraire en particulier à laquelle je souscris dans le cadre de cette recherche. Le deuxième chapitre tente de faire le point sur les principales difficultés de lecture des élèves à l’entrée au secondaire. Dans un troisième chapitre, je cherche à faire le point sur les réponses didactiques expérimentées à des fins d’aide aux lecteurs les moins performants : divers programmes sont passés en revue, en distinguant les entrainements ciblés (sur les composantes cognitives ou sur les composantes culturelles et sociales de la lecture) et les entrainements multidimensionnels. Le quatrième chapitre fait le point sur les caractéristiques générales de la recherche, en explicite et en discute également les principales options méthodologiques. La deuxième partie est consacrée aux outils de recueil de données et aux outils d’évaluation de la lecture littéraire. Partant du constat que l’évaluation de la lecture littéraire apparait comme une aporie et que les outils d’évaluation mobilisés dans le cadre des recherches sont souvent peu adéquats dans le contexte de l’enseignement, je m’interroge, dans le premier chapitre, à la fois sur la problématique de l’évaluation de la compréhension et sur les moyens qui paraissent les plus adéquats pour évaluer cette activité au début du secondaire. Le deuxième chapitre est consacré à la présentation de la recherche-exploratoire (ses objectifs, sa méthodologie et ses principaux résultats), conduite sur un autre échantillon de sujets du même établissement scolaire, afin de sonder le potentiel et les limites de différentes formes d’évaluation de la lecture. Dans le troisième chapitre, enfin, j’explicite et je justifie mes propres choix de méthodes et d’outils de recueil de données, en relation avec les objectifs et les caractéristiques générales de ma recherche. L’intervention et l’interprétation des traces issues de celle-ci font l’objet de la troisième partie. Deux chapitres la constituent. Au premier chapitre, j’expose les postulats, les logiques, les principes pédagogiques et didactiques sous-jacents aux dispositifs d’intervention qui ont été conçu en collaboration avec les enseignantes partenaires. Le deuxième chapitre, le plus important quantitativement, est consacré, à l’intervention « dépliée » : chacune des neuf séquences mises en place dans le cadre de la recherche fait l’objet d’une description précise et d’une interprétation. D’une part, les objectifs visés, les supports choisis, les étapes successives conçues sont dument présentés et justifiés. D’autre part, les effets constatés, lors de la mise en œuvre de ces dispositifs, auprès des sujets suivis font l’objet d’une analyse on line, laquelle débouche sur des choix, des décisions d’équipe quant à la poursuite du programme. Au terme de la neuvième séquence, des pistes conclusives s’attachent à mettre en lumière les principaux déplacements occasionnés ou non chez les élèves suivis. De l’ensemble de la recherche sont issus différents développements, présentés dans la conclusion générale, relatifs à la compréhension des élèves en difficulté de lecture et aux formes d’accompagnement qui semblent devoir être privilégiées en ce qu’elles paraissent particulièrement porteuses, ou semblent l’être plus que d’autres.
De Croix, S. (2010). Comprendre et accompagner les élèves en difficulté de lecture au début du secondaire : une recherche-action en didactique de la lecture littéraire. https://hdl.handle.net/2078.5/233375