L’article se concentre de manière spécifique sur les femmes rescapées de camps de concentration nazis et, plus particulièrement, sur les problèmes et les obstacles rencontrés au retour, pendant le processus de réintégration dans la société civile. Il se base sur quelques témoignages écrits, de haute valeur littéraire, délivrés dans les domaines linguistiques italien et français par les survivantes des camps Liana Millu, Lidia Beccaria Rolfi, Piera Sonnino, Edith Bruck, Frida Misul, Elvia Bergamasco, ainsi que Charlotte Delbo, Simone Veil, Marceline Loridan-Ivens. L’analyse comparée de ces textes et, plus spécifiquement, des parties consacrées à la période du retour, montre bien que les femmes ont dû affronter et surmonter des difficultés similaires : hormis les séquelles psychologiques et physiques dues aux traumatismes et la difficulté de réinsertion sociale et professionnelles communes à tous les rescapés, les femmes ont été confrontées à des formes encore plus subtiles d’ostracisme et d’incompréhension que leurs camarades hommes. Leurs témoignages font notamment état de préjugés sur leur moralité, d’insultes arbitraires et misogynes, d’une curiosité morbide sur la question de la violence sexuelle, d’un refus de comprendre les autres formes de traumatisme, des difficultés bureaucratiques concernant les pensions d’état et la reconnaissance de leur statut politique et social.
Nannicini, C. (2022). La libération... et après? Témoignage et réintégration sociale des anciennes déportées. In Grazia Berger, Isabelle Meuret, Chiara Nannicini Streitberger, Hubert Roland (ed.), L’écriture du témoignage (Peter Lang, p. p. 137-154). Peter Lang. https://doi.org/10.3726/b18764