"Hécate" dans l'oeuvre romanesque de Pierre Jean Jouve

CASTELEIN, Machteld
(2014) Séminaire doctoral interdisciplinaire “Réception de l’Antiquité” : “Figures ambiguës : Le sexe - la mort” — Location: Lille, Université Lille Nord de France (9.April.2014)

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  • CASTELEIN, MachteldUCLouvain
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Le troisième des quatre "livres de roman" de Pierre Jean Jouve (Arras 1887- Paris 1976) est un diptyque "Aventure de Catherine Crachat", dont le premier volet s'intitule "Hécate" (1928). Le personnage féminin y est "une amoureuse lunatique et cruelle", en qui son amant cherche pourtant à éveiller une "charité" énigmatique, qui consiste à le quitter et à ne plus entretenir avec lui qu'un rapport épistolaire. Lorsque l'amant meurt, Catherine se conçoit comme sa meurtrière et se retire elle-même dans un état de morte vivante. Pendant cette période de sa vie, elle est selon l'auteur "la Diane infernale, face fatidique de la Lune". Ce diptyque clôture le premier ensemble romanesque de Jouve, et peut être confronté au récit "Dans les Années profondes" sur lequel se termine le deuxième ensemble romanesque, un triptyque intitulé "La Scène capitale" (1935). Le nom de la dernière héroïne de Jouve, Hélène, renvoie également à l'Antiquité grecque, et partage sa première syllabe avec celui de la déesse Hécate. Mais Hélène ne donne la mort que de façon symbolique et partielle, et accorde surtout la vie à son amant, en assumant la mort pour elle-même. Hélène peut donc être vue comme un avatar "lumineux" d'Hécate,en qui s'accomplit ce qui, dans Hécate, s'annonçait comme promesse, et en qui s'achève ce qui se présentait comme menace. Dans un premier temps, la communication étudie la figure mythologique de la Triple déesse, qui a connu deux âges : dans le premier, elle était fertilisante et positive, dans le second, une redoutable sorcière qui apportait la mort. L'étude de la mythologie relève aussi deux interprétations importantes : d'une part, la leçon donnée par Hécate est que, sans la mort, il n'y a pas de vie ; de l'autre, Hécate représente une maternité non biologique et désintéressée, de nature "symbolique", que l'on peut relier au caractère "kourotrophos" qu'elle revêtait dans son premier âge. La deuxième partie de l'étude analyse le roman "Hécate" et la suite qui lui est donnée par le volet "Vagadu", où Catherine entame une cure psychanalytique. Cette partie propose une lecture symbolique du roman, inspirée de la psychanalyse lacanienne. En dernier lieu, le diptyque est situé dans la totalité de l'oeuvre romanesque, en tant que pièce conclusive du premier ensemble et en tant que préfiguration du second. Les trois premiers romans de Jouve s'avèrent mettre en scène le mythe d'Endymion, jusqu'à ce que le meurtre de l'amant et le sacrifice concomitant de l'amante mettent fin à la situation suspendue. La Séléné à la fois geôlière et prisonnière refusait à son amant l'accès à la condition humaine et se cantonnait, quant à elle, dans un état divin privé de charité ; l'Hécate qui tue apparemment sans intérêt et qui se retire dans le royaume des Morts accorde à son amant une humanité qu'elle assume aussi elle-même. Dans le triptyque qui suit, la femme ne tue plus, mais ne peut éviter que son amant se condamne lui-même; en revanche, elle s'offre elle-même à la mort de façon sacrificielle, pour délivrer l'amant et le mettre au monde : elle devient une femme maternelle, à la maternité désintéressée, en qui on reconnaît le caractère "kourotrophos", "nourrice des hommes jeunes", d'Hécate.
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Citations

CASTELEIN, M. (2014). “Hécate” dans l’oeuvre romanesque de Pierre Jean Jouve. Séminaire doctoral interdisciplinaire “Réception de l’Antiquité” : “Figures ambiguës : Le sexe - la mort”, Lille, Université Lille Nord de France. https://hdl.handle.net/2078.5/66859