L'action demande, pour être abordée, qu'on fasse certaines distinctions ; d'abord entre ce qui se passe et ce qu'on fait, mais aussi entre ce qui nous arrive (la balle me heurte et provoque un mouvement de ma tête) et ce que nous faisons (par exemple, « oui » de la tête). Ce qui soulève des questions sur la nature de l'action. Celles-ci concernent la spécificité de l'action dans le monde des événements physiques, ainsi que ce qui individualise l'action, ce qui fait son unité ontologique, étant donné qu'une action peut s'inscrire dans le temps, être découpée en étapes (avoir des conséquences plus ou moins directes) et être décrite de diverses façons selon qu'on inclut ou non dans la description une partie de ses conséquences. Lorsqu'on s'interroge sur sa nature, l'action est alors prise comme un phénomène (naturel) dont il convient d'examiner les propriétés essentielles. Cette perspective n'a pas toujours été centrale dans la philosophie analytique, qui a d'abord favorisé une approche plus conceptuelle, centrée sur la notion d'action et ses liens à une forme d'explication par les raisons. L'idée alors défendue était qu'une des marques spécifiques de l'action est d'être l'objet d'explications invoquant des raisons d'agir, (l'explication causale valant plutôt pour les phénomènes sans agent). Ainsi, ce qui distingue les mouvements de la feuille qui ondule dans le vent du mouvement de la main qui écrit, c'est la possibilité d'expliquer le second par des raisons d'agir (par exemple : « je dois impérativement finir ce devoir avant ce soir »). La feuille n'a pas de raison propre d'onduler dans le vent ; en revanche, la force du vent cause son mouvement (on peut alors en donner une explication scientifique). Cette distinction a donné lieu à l'idée d'une certaine incommensurabilité, liée à des caractéristiques propres au langage ordinaire, entre explication par les raisons (propre à l'action) et explication par les causes (propre aux phénomènes sans agent, généralement naturels). Les défenseurs de cette distinction (parmi lesquels Wittgenstein, Anscombe, Ryle, Hampshire, Kenny, Melden) sont parfois qualifiés d'anti-causalistes. Ceux qu'on nomme les causalistes s'appuient généralement sur l'article de Donald Davidson, qui reste sans doute l'un des plus marquants de la courte histoire de la philosophie analytique de l'action, « Actions, raisons et causes » (1963). Le tour de force de Davidson est de parvenir à concilier l'idée que, bien que la spécificité de l'action soit marquée par son inscription dans un type d'explication par les raisons, ces raisons n'en forment pas moins des causes de l'action. Il soutenait que comprendre véritablement comment une action (c'est-à-dire, après tout, un événement du monde comme un autre) a pu se produire, c'est pouvoir en identifier la cause efficiente ; car, sans causalité, on ne pourrait pas rendre compte de l'émergence du mouvement physique que constitue l'action. C'est ainsi qu'a vu le jour l'opposition traditionnelle entre les causalistes matérialistes et les anti-causalistes. Les interrogations qui marquent la philosophie de l'action se distinguent ainsi de celles de la philosophie pratique en général (l'éthique et la philosophie morale) en ce qu'elles n'envisagent pas l'étude de l'action par le biais de ce qu'il serait raisonnable ou bon de faire, mais la prennent comme un objet d'étude moralement neutre en s'interrogeant sur ce en quoi consiste « faire quelque chose ». Ce qui ne signifie pas que la philosophie de l'action ne pourrait pas avoir de conséquences sur une théorie morale.
Aucouturier, V. (2011). Philosophie de l’action. In S. Laugier; S. Plaud (ed.), Lectures de la philosophie analytique (p. p. 421-435). Ellipses. https://hdl.handle.net/2078.5/185589