Si le langage est un pouvoir, penser les limites du langage, c’est s’interroger sur le sens qu’il y a à parler de ce qu’il n’est pas en notre pouvoir de faire. Cela dépend, évidemment, des cas. Car à quelle aune cette limitation est-elle mesurée ? Est-elle évaluée par comparaison avec un autre pouvoir, qu’un autre posséderait ? Relève-t-elle du constat d’une impuissance à réaliser ce que l’on désire ? Consiste-t-elle simplement à rappeler qu’avec un pouvoir, l’on ne peut ni tout réaliser, ni réaliser n’importe quoi ? Procède-t-elle alors d’une simple lucidité quant aux limites de tout pouvoir humain ? Mais alors, en quoi la thèse serait-elle spécifique au langage, et propre à nous en révéler des caractéristiques essentielles ? Envisagée depuis cette perspective, la question des limites du langage n’est pas subordonnée au problème de sa nature, mais elle permet de le poser, d’une manière qui ne prétend pas être la seule possible, mais est évidemment féconde.