Se dénouer avant la fin : position terminale initiale chez Gus Van Sant et Jean-Philippe Toussaint

Pfeiffer, Natacha;Richir, Alice
(2016) Les Lettres Romanes — Vol. 70, n° 1-2, p. 11-33 (2016)

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  • Pfeiffer, NatachaUSL-B
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  • Richir, AliceUCLouvain
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Abstract
Gerry de Gus Van Sant et Fuir de Jean-Philippe Toussaint ont en commun de générer la narration à partir de la représentation d’un sujet en fuite. Elles s’ouvrent sur l’image de protagonistes d’emblée perdus, privés de tout horizon qui fasse un tant soit peu sens, projetés dans un cadre qui les prive de repères spatio-temporels stables. Tout d’abord égarés, ces personnages apparaissent rapidement condamnés à l’errance, à une fuite éparse, vertigineuse parce que dépourvue de trajectoire, et de surcroît infinie, puisque toute interruption se solderait inévitablement par un arrêt définitif, la mort (réelle ou symbolique). En instituant la fin comme force motrice de leur cadre narratif et diégétique, ces œuvres adoptent une position critique fragile et complexe qui envisage la fin non comme un motif d’achèvement, conformément à la logique traditionnelle du récit, mais au contraire depuis l’effet de relance qu’elle est en mesure d’exercer sur la dynamique fictionnelle, ce qui nous permet de les apparenter à ce que Lionel Ruffel a appelé, dans un essai éponyme, la pensée du « dénouement ». Avec les moyens propres à leur support respectif, ces œuvres mettent toutes deux en scène l’espace spectral engendré par cette suspension de la fin. Elles opèrent une sortie de la temporalité linéaire qui régit d’ordinaire le récit, dans le but de faire advenir l’image d’un point d’énonciation en errance, absent à lui-même, agi plutôt qu’agissant. Partant de ce point de convergence, il s’agira d’effectuer un aller-retour entre les deux médias étudiés pour démontrer ce que l’élaboration de cette « situation élocutoire limite » ou frontalière, ainsi que l’a qualifiée Ruffel, doit à la déréalisation, ou à la mise en défaut, du cadre par lui-même. Tout d’abord, nous interrogerons chez Van Sant la possibilité de trouver un pendant cinématographique à cette « posture terminale initiale » d’énonciation identifiée par Ruffel en littérature, pour en déterminer les implications sur le travail d’élaboration de l’image et l’organisation du sens qui en découle. Dans un second temps, nous établirons ce que l’écriture de Toussaint emprunte au dispositif cinématographique pour figurer cette « posture terminale initiale » d’énonciation par le mouvement même de la poursuite, dans le but de révéler à travers l’image de ce locuteur en fuite un sujet en prise directe avec son désir.
Affiliations

Citations

Pfeiffer, N., & Richir, A. (2016). Se dénouer avant la fin : position terminale initiale chez Gus Van Sant et Jean-Philippe Toussaint. Les Lettres Romanes, 70(1-2), 11-33. https://doi.org/10.1484/J.LLR.5.111015 (Original work published 2016)