Traditionnellement, les critiques de la religion ont mis en évidence la nature projective et sublimatrice de l’idéal religieux, qui consistait à hypostasier des exigences de la raison pourtant uniquement relatives à des facultés humaines. Fidèle à cette tradition, Habermas a opposé à ce mécanisme d’aliénation identificatoire une « transcendance de l’intérieur ». Cette dernière correspond à la capacité humaine de poser des exigences ultimes en lien avec son action, avec une « transcendance de l’extérieur », qui résulte de l’objectivation idéologique par la raison de ce mouvement de projection idéalisante qu’elle reconnaît, de toute manière, d’abord en elle. La tradition du soupçon à l’égard des religions s’est arrêtée à cette dimension potentiellement aliénante de la croyance religieuse, tout en dénonçant le risque permanent accompagnant ce genre de croyance qui amène à sublimer son désir dans la position d’un objet absolu. Ce risque est celui de la fanatisation de l’acteur humain.
Maesschalck, M. (2008). Aliénation et identité. Approches pragmatistes du religieux et théologie de la libération. Actuel Marx, 44(2), 165-183. https://doi.org/10.3917/amx.044.0165 (Original work published 2008)