De la polyphonie au 'consensus' :Diversité des pratiques de participation dans l’écosystème médiatique bruxellois

Wiard, Victor
(2019) La participation dans un monde de communication — Location: Bruxelles (12.September.2019)

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Au sein des sciences de l’information et de la communication, les recherches portant sur le journalisme et les médias se sont approprié le concept de participation dans le but de mettre en évidence les mécanismes qui lient les citoyens aux journalistes professionnels durant la production journalistique. Ainsi, le « journalisme participatif » fait référence à des pratiques diverses qui impliquent d’une façon ou d’une autre un rôle actif du public dans la production et ou la diffusion d’informations d’actualité (Carpentier, 2015 ; Paulussen et al., 2007). Dans ce contexte, la communauté scientifique s’est notamment intéressée ces vingt dernières années au potentiel démocratique du journalisme participatif (Borger et al., 2013). D’un côté, le terme peut prendre une connotation positive ; il est alors vu comme créateur de lien entre journalistes et citoyens ou comme vecteur de crédibilité pour les institutions journalistiques (Singer et al., 2011). D’un autre côté, le journalisme participatif est vu par certains chercheurs et professionnels comme problématique ; la participation citoyenne étant parfois perçue comme incontrôlable, non-professionnelle, voire intentionnellement néfaste (Quandt, 2018). Plus récemment, la généralisation de l’usage du numérique dans la production, la circulation, et les usages de l’information (Kreiss & Brennen, 2016) a poussé les chercheurs à élargir l’usage du concept de participation pour décrire, au-delà du lien entre citoyen et journaliste professionnel, comment les formes que prend la participation sont potentiellement diverses (allant du choix des sujets à la co-production de contenus, en passant par l’envoi de photos ou sons, ou par la diffusion de contenus sur les réseaux sociaux) et varient selon les acteurs impliqués (citoyens, activistes, journalistes amateurs, politiciens, etc.). Le principal problème qu’il reste à résoudre est de créer une méthode d’analyse qui soit ouverte à cette diversité d’acteurs et de pratiques tout en restant explicative ; une grille qui permette de mettre ces pratiques diverses en perspective. Partant des différents modèles déjà développés (Domingo et al., 2008 ; Carpentier, 2011 ; 2015 ; Kammer, 2013 ; Ahva, 2017 ; Ahva & Wiard, 2018), nous en proposons un adapté à l’analyse de notre objet de recherche : l'écosystème médiatique bruxellois. Il s’agit en substance d’un tableau croisé des acteurs potentiels et des pratiques participatives divisées en trois catégories : la participation aux processus de production de contenus, la participation aux organisations médiatiques locales et la participation aux problèmes publics (à travers la production médiatique). Dans ce contexte, cette communication propose donc d’analyser les nombreuses pratiques de participation d’une diversité d’acteurs au sein de l’écosystème médiatique local Bruxellois. Nous considérons l’écosystème médiatique bruxellois comme un (méta-)dispositif participatif, un agencement de procédures, d’acteurs, de technologies et de discours qui offre certaines possibilités définies de participation. Nous posons dès lors trois questions : (1) Quels types d’acteurs participent à la production d’actualité locales sur Internet ?, (2) Quels types de contenus sont produits et circulent ?, et (3) de quelle manière les acteurs influencent-ils la production de contenus ? Pour répondre à cette question, cette recherche propose d’analyser un cas particulier : une controverse publique portant sur la (non-)construction d’un parking dans le centre de Bruxelles sur la place du Jeu de Balle. Après avoir retracé la chronologie des événements qui se sont déroulés entre novembre 2014 et février 2015, les différents contenus produits (considérés comme des traces matérielles des pratiques participatives) ont été répertoriés et les acteurs mentionnés classés. Au total, la base de données comporte plus de 300 contenus récoltés . Une analyse de contenu thématique des textes récoltés a mis en évidence certaines des capacités de participation que le dispositif permet. Pour étayer ces résultats, 15 entretiens semi-directifs ont été menés dont 3 entretiens avec des activistes (un activiste habitant le quartier et impliqué dans beaucoup de luttes sociales à Bruxelles depuis plusieurs années et au cœur du mouvement, une activiste impliquée de manière générale dans la problématique des parkings et de la piétonnisation du centre-ville et un citoyen qui a participé à la mobilisation), 2 avec des personnalités politiques (une conseillère communale de l’opposition et l’attaché de presse de l’échevine en charge du projet), et 10 entretiens avec des journalistes. Plus précisément, il s’agit de 3 journalistes du média néerlandophone régional de Bruxelles (2 en presse et 1 en TV), 2 journalistes de deux médias nationaux néerlandophones (presse), deux journalistes du média régional bruxellois francophone (TV), un journaliste d’un quotidien national francophone (presse), une journaliste du quotidien régional bruxellois (presse) et une journaliste d’un média en ligne régional bruxellois alternatif. Les résultats montrent qu’une série d’acteurs ont utilisé l’écosystème médiatique local dans le but de mettre en lumière leur position sur la question. Pour ce faire, les protagonistes ont organisé plusieurs « événements » (conférences et communiqués de presse, réunions de discussion, mobilisations et fêtes sur l’espace public, création d’une pétition) dans le but d’attirer les producteurs de contenus. Si les médias traditionnels dominent la production de contenus d’un point de vue quantitatif, un grand nombre de médias alternatifs et sites web divers ont publié un ou deux articles sur la question. A ce niveau la participation aux organisations médiatiques locales est souvent confinée à la présence des acteurs comme sources de contenu ou comme fournisseurs de sujets. Au-delà des journalistes professionnels, les activistes et politiciens locaux ont également participé au processus de production de contenus en publiant des postes sur les réseaux sociaux, sur leurs sites web personnels ou de parti (pour les politiciens), voire en créant leur propre plateforme (pour les activistes). Enfin, en faisant entendre leurs voix sur Internet, ces acteurs ont participé à la résolution de ce problème public. En collaborant, en négociant et en s’opposant ces acteurs ont participé à ce méta-dispositif médiatique qui offre des possibilités de participation diverses. Même si certains des acteurs semblent déçus, ce dispositif a permis de passer d’une polyphonie de discours sur l’avenir du lieu à un consensus sur le parking, la place et le centre-ville de Bruxelles. S’éloignant d’une vision de la participation comme idéal démocratique institutionnalisé, cette recherche montre comment ces individus ont lutté pour accéder à l’espace public médiatique. Bibliographie Ahva, L. (2017). How Is Participation Practiced by “In-Betweeners” of Journalism? Journalism Practice, 11(2‑3), 142‑159. https://doi.org/10.1080/17512786.2016.1209084 Ahva, L., & Wiard, V. (2018). Participation in Local Journalism: Assessing Two Approaches through Access, Dialogue and Deliberation. Borger, M., van Hoof, A., Costera Meijer, I., & Sanders, J. (2013). Constructing participatory journalism as a scholarly object: a genealogical analysis. Digital Journalism, 1(1), 117‑134. https://doi.org/10.1080/21670811.2012.740267 Carpentier, N. (2011). Media and Participation: A Site of Ideological-democratic Struggle. Intellect Books. Domingo, D., Quandt, T., Heinonen, A., Paulussen, S., Singer, J. B., & Vujnovic, M. (2008). Participatory Journalism Practices in the Media and Beyond. Journalism Practice, 2(3), 326‑342. https://doi.org/10.1080/17512780802281065 Kammer, A. (2013). Audience participation in the production of online news: Towards a typology. NORDICOM Review: Nordic Research on Media and Communication, 34, 113–127. Kreiss, D., & Brennen, J. S. (2016). Normative Theories of Digital Journalism. In C. W. Anderson, D. Domingo, A. Hermida, & T. Witschge (Éd.), Sage Handbook of Digital Journalism Studies. New York: Sage. Paulussen, S., Heinonen, A., Domingo, D., & Quandt, T. (2007). Doing It Together : Citizen Participation In The Professional News Making Process. Observatorio (OBS*) Journal, 3, 131‑154. Quandt, T. (2018). Dark Participation. Media and Communication, 6(4), 36‑48. https://doi.org/10.17645/mac.v6i4.1519 Singer, J. B., Domingo, D., Heinonen, A., Hermida, A., Paulussen, S., Quandt, T., … Vujnovic, M. (2011). Participatory Journalism: Guarding Open Gates at Online Newspapers. John Wiley & Sons.
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Citations

Wiard, V. (2019). De la polyphonie au ‘consensus’ :Diversité des pratiques de participation dans l’écosystème médiatique bruxellois. La participation dans un monde de communication, Bruxelles. https://hdl.handle.net/2078.5/258877