Ma thèse porte sur des disqualifications d’hommes, de matières et d’objets dans la ville, le « faire ville » au sens littéral du terme puisque je tente de savoir comment et pourquoi on a exclu certaines composantes de la ville et on y a adopté d’autres. Cette année j’ai été amenée à étudier les hygiénistes belges à travers l’analyse approfondie de leur revue de la fin du 19ème siècle qui s’intitule Le Mouvement Hygiénique. Je m’attendais à trouver chez eux toute la force de la disqualification dans la ville : l’exclusion des ouvriers, la question des taudis, la saleté de la populace, le choléra, la disparition de la Senne,… Il y aurait là une santé vierge et bourgeoise que les hygiénistes protégent contre le microbe cholérique et, plus généralement et de manière plus douteuse, contre le quartier pauvre et ouvrier. Mais … les hygiénistes n’ont pas répondu à l’appel, le matériau a résisté et s’est dérobé au scénario que je lui imposais. J’ai découvert des amateurs scientifiques bourgeois qui portent leur regard sur des réalités qui sont à la fois plus petites et plus primaires que celles de « la ville » avec ses quartiers ouvriers et sa saleté indigène. Ce qui intéresse les hygiénistes c’est l’air, l’eau, la terre et la poussière en tant que ceux-ci transportent et propagent les microbes. Mais ce qui les passionne, ce sont tous les autres véhicules imaginables et toutes les autres matières possiblement protectrices pour l’homme.
Zitouni, B. (2006). Exclusions, normalisations: quels pouvoirs façonnent la ville ? . Faire ville, colloque organisé par Cosmopolis - City, Culture & Society à la Vrije Universiteit Brussel,. https://hdl.handle.net/2078.5/226293