De la violence aux servitudes : ces corps combustibles des marchés de la modernité au Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo

Nzonga Cikuru, Marie-Noël
(2021)

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  • Nzonga Cikuru, Marie-NoëlUCLouvain
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Laurent, Pierre-Joseph
Abstract
(fr) Du constat de la persistance des conflits en RDC, dans un contexte où la violence semble s’ériger comme compétence, cette dissertation tente d’appréhender le sens de cette violence au-delà des récentes décennies. Elle remonte à l’histoire plus longue pour y déceler des racines. S’inscrivant sous les thèmes du marché et de l’exploitation des corps, la thèse montre que les violences entretenues au Congo visent à y poursuivre la captation des richesses, quelle qu’en soit la provenance, interne ou externe. Mes terrains sont ceux des carrières et sites miniers artisanaux du Kivu, à l’Est de la RDC. J’y distingue trois catégories des corps pour restituer une dynamique spécifique où des individus se lancent dans la quête des richesses en ayant leurs corps comme capital d’investissement et ou marchandise et s’engouffrent dans l’asservissement. Il s’agit 1) des corps-machines que sont les creuseurs dans les mines artisanales du Kivu ainsi que de nombreux autres corps-animal-de-portage, souvent invisibles (des motards et porteurs des charges) qui transportent des biens de la modernité dans des endroits difficiles d’accès ; 2) des corps-sexe des mbaraga ou professionnelles du sexe qui rejoignent les creuseurs dans les sites miniers ; 3) des cueilleurs qui, investis de pouvoir, réel ou symbolique, viennent réclamer ou cap-ter une partie des fruits des efforts du travail pour lequel ils n’ont pas peiné. Toutes ces personnes cherchent à accumuler des richesses, à consommer et se construire un statut rêvé : celui où ils cesseront d’être pauvres. Il ressort de la dissertation une forme de violence qui découle des maillages de la prédation et qui circule dans toutes les veines des corps qu’elle investit dans la chaîne de l’exploitation. Celle-ci a la particularité de dérouter puisqu’elle dissocie ses effets des causes vraies. Souvent, elle est seulement subie. C’est pourquoi elle est aussi auto-culpabilisante. Dans de telles conditions où l’on pourrait parler d’une servitude volontaire (De la Boétie), les victimes n’ont que leur chair, celle de leurs proches ou leur environnement pour amortir la violence en se déchargeant sur une cible qui leur est accessible. La thèse souligne qu’elles conservent, cependant, leur dignité. Vivre pour elles c’est rester debout et refuser de mourir.
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Citations

Nzonga Cikuru, M.-N. (2021). De la violence aux servitudes : ces corps combustibles des marchés de la modernité au Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo.