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Textejournéedétudedu27octobre2017.doc
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- Dans son célèbre De optimo genere interpretandi – en réalité une lettre adressée à son ami Pammaque –, saint Jérôme (env. 347 – 420) défendant le point de vue résolument « cibliste » qu’il a adopté dans certaines de ses traductions (« Dans toutes les traductions que j’ai faites depuis ma jeunesse jusque ici, je ne me suis attaché qu’au sens, et non point à la lettre [non verba, sed sententias]), se retranche derrière l’autorité de saint Hilaire, qui a traduit, du grec en latin, des homélies sur Job et plusieurs traités sur les Psaumes : « Au lieu d’expliquer le sens littéral d’une manière sèche et languissante, et de se renfermer dans les bornes d’une traduction gênante et affectée, ce Père, prenant sur les auteurs qu’il a traduits le même droit qu’un vainqueur a sur les prisonniers, s’est rendu maître de leurs pensées et en a disposé à son gré (sed quasi captivos sensus in suam linguam, victoris jure transposuit) »1. Cette comparaison de l’auteur traduit à un captif et du traducteur à un vainqueur toutpuissant exprime crûment la part de violence qu’un grand traducteur comme Jérôme décèle dans son propre travail. Certes l’image utilisée par l’auteur de la Vulgate est liée à une époque particulière, à cette Antiquité où la réduction en esclavage des vaincus était fréquente. Toutefois, si les images ont changé, l’idée que le traducteur brutalise l’auteur traduit persiste dans les discours de traducteurs ou de théoriciens de la traduction jusqu’au XXe siècle. Il arrive aussi que traducteurs et théoriciens expriment une autre violence contenue dans l’acte de traduire : non plus celle qui s’exerce à l’endroit du texte traduit, mais celle qui malmène la langue de la traduction. C’est l’épineuse question du littéralisme qui se joue ici. Jusqu’où le traducteur peut-il aller dans la soumission de la langue cible à la langue source ? Dans sa préface à sa propre version de l’Agamemnon d’Eschyle, le poète Robert Browning estimait que pour traduire le grand Tragique grec il fallait être literal at every cost save that of absolute violence to our language. L’emploi de l’adjectif absolute est révélateur puisqu’il semble indiquer un seuil en deçà duquel la brutalisation de la langue d’arrivée est légitime.
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