« Un si petit bout de papier… » Laissez-passer, expulsion et appel d’Etat au Mali.

(2018) Colloque APAD : MIGRATIONS, DEVELOPMENT AND CITIZENSHIP — Location: Roskilde University (23.May.2018)

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« Un si petit bout de papier… » Laissez-passer, expulsion et appel d’Etat au Mali. Marie Deridder, Laboratoire d’Anthropologie Prospective, Université catholique de Louvain La stratégie de fermeture des frontières de l’Union Européenne (UE) fut amorcée dès les années ’70 avec la suppression des voies légale pour les migrations de travail. Dans les années ’90, la politique de libre circulation et la création de l’espace Schengen ont conduit à une harmonisation des contrôles aux frontières extérieures de l’UE et à l’émergence des accords de réadmission. Selon l’UE, ces accords visent à faciliter les mesures d’éloignement et la réadmission des ressortissants des pays tiers en séjour dit « irrégulier » dans un des Etats membres . Chaque pays signataire de ce type d’accord réadmet sur son territoire, sans formalité, toute personne possédant sa nationalité ou dont la nationalité est présumée et qui se trouve en situation dite « illégale » dans l’autre pays . Est alors délivré un laissez-passer pour autoriser la réadmission. Le retour et la réadmission peuvent faire l’objet d’un accord formel ou s’inscrire dans des clauses d’accords mixtes négociés entre l’UE et un pays tiers. Ceux-ci facilitent le renvoie - sur base volontaire ou non – de migrants depuis l’UE. L’article 13 de l’Accord de Cotonou signé en 2000 entre l’UE et les pays ACP lie explicitement accord de coopération et politique de contrôle migratoire. Avec son « Approche globale sur la question des migrations » en 2005, puis lors du Sommet de La Valette UE-Afrique en 2015, mis en oeuvre en 2016 dans son « Cadre de partenariat pour les migrations » et les « Pactes Migratoires » , l’UE définit ses priorités d’action pour l’Afrique en articulant migration, développement et sécurité. La migration devient centrale dans les relations et négociations entre pays européens et africains, y compris dans des champs historiquement non liés aux politiques migratoires : les accords commerciaux et le développement. Sur base d’un conditionnement contraignant de l’octroi de l’aide, la coopération au développement devient un levier de contrôle et de régulation des flux migratoires vers l’UE. En 2015, l’UE débloque un « Fonds fiduciaire européen d’urgence en faveur de la stabilité et de la lutte contre les causes profondes de la migration irrégulière et le phénomène des personnes déplacées en Afrique » à hauteur de 1.88 milliards d’euros tirés principalement du 11e Fonds européen pour le développement. L’UE identifie 5 pays prioritaires en Afrique de l’Ouest, dont le Mali qui a un positionnement géostratégique singulier. Pays de départ et de transit, le Mali fait aussi partie de l’intervention européenne EUCAP Sahel liant explicitement lutte contre le terrorisme et migration dans une perspective sécuritaire. Depuis de nombreuses années, le Mali est donc un laboratoire d’expérimentation pour la mise en œuvre des politiques migratoires européennes. En m’appuyant sur un travail ethnographique réalisé en décembre 2017, cette communication s’articulera en trois temps. Le premier revient sur l’expérience de vie des anciens migrants de retour au Mali après leur expulsion d’un pays européen suite à une procédure de réadmission. Pour nombre d’entre eux, s’ils ne reprennent pas rapidement les routes de l’exil, l’expérience post-expulsion les plonge dans un état de latence et d’errance dans la ville de Bamako. D’individus qui « grouillent » et « travaillent à leur avenir », souvent soutiens économiques pour leurs familles, ces anciens migrants ou « expulsés » se retrouvent au Mali en ayant tout perdu, dans un état de dénuement et de dépendance totale vis-à-vis de leur famille et de leurs proches. Commence alors la lente réacclimatation à la vie et à la survie bamakoise. La délivrance du « laissez passer » qui a permis leur expulsion représente ce point de basculement dans les trajectoires biographiques. Ces « expulsés » s’interrogent alors sur le rôle joué par les ambassades et les consulats maliens dans la délivrance de ce document. Pourquoi ne pouvait-on pas « oublier leur dossier sur le coin d’un bureau » ? Quel est le rôle d’un Etat envers ses ressortissants ? Cette question nous amène au deuxième temps de cette communication, consacré au rôle joué par l’Etat malien dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique migratoire européenne tel qu’il est compris par ces anciens migrants et une opinion publique plus générale, notamment par rapport aux négociations sur les accords de réadmission et sur la délivrance des laissez-passer européens. Enfin, le dernier point de cette communication discutera cet appel d’Etat exprimés par ces migrants expulsés dans un contexte malien dominé par une crise multiforme, argument mobilisé pour une présence internationale forte.
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Deridder, M. (2018). « Un si petit bout de papier… » Laissez-passer, expulsion et appel d’Etat au Mali. Colloque APAD : MIGRATIONS, DEVELOPMENT AND CITIZENSHIP, Roskilde University. https://hdl.handle.net/2078.5/126447