(fr) D’autres angles de comparaison se dégagent spontanément pour une approche croisée et inclusive des historiographies allemande et internationale du réalisme magique. La question des espaces liminaires, rituels et symboliques, porteurs d’expérience révélatrices rejoint bien l’idée des fictions qui délimitent ces « near sacred or ritual enclosures » mis en avant par Faris (24), tandis que la question d’une vision du roman postcolonial nourrie d’influences de la Weltanschauung de l’idéalisme romantique allemand – partant de la distinction bien connue entre le modèle du magischer Idealist et celui des magische Realisten dans un brouillon de Novalis – a été actualisée par Christopher Warnes (20-29). On rappellera encore le lien entre la Traumatic Imagination structurante du réalisme magique contemporain (Arva 2011, Arva et Roland 2014) et la mémoire de court et moyen terme des récits de langue allemande fondés sur les ruines des guerres de tranchée de 1914-1918. À la lecture d’Arva ou de la monographie plus récente de Kim Anderson Sasser (2014, compte rendu de Jessica Maufort dans Recherche littéraire 2017), on aspire également à une étude comparative des liens entre esthétique magico-réaliste et strategies of belonging de personnages subversifs, tentant de se soustraire aux conditions politiques de régimes politiques hégémoniques et totalitaires, générant racisme et ethnocentrisme. À cet égard, les recherches allemandes sur réalisme magique et « émigration intérieure » à l’époque du national-socialisme ont mené une large réflexion qui n’a jusqu’à présent pas trouvé d’écho dans l’historiographie postmoderne et postcoloniale.
Roland, H. (2021). Réalisme magique historique allemand et sémiotique de l’espace dans les récits d’après-guerre de Hermann Kasack et Anna Seghers. Literary Research, 37, 87-108. https://doi.org/10.3726/b18748 (Original work published 2021)