Saint Augustin et Kant ont souligné la relation d'étroite dépendance du concept de mensonge à l'égard de celui d'intentionnalité. Jacques Derrida tire de ce constat la conséquence qu'il est impossible de prouver que quelqu'un a menti, dans la mesure où son intention échappe nécessairement à l'appréhension d'autrui. Dans La Recherche, le narrateur et Swann se confrontent à cette impossibilité devant ce qu'ils soupçonnent être les mensonges des femmes qu'ils aiment. Le présent article montre que ces tromperies supposées font l'objet d'investigations qui apparentent cette recherche de la vérité à une expérience de lecture déçue : les scènes analysées mettent en effet en question et en cause la possibilité d'une lisibilité qui se voudrait maîtresse de la vérité du texte.
Lisse, M. (2008). Qui prouvera jamais qu’un mensonge a eu lieu ? Saint Augustin, Kant et Proust. Interférences littéraires, 1, 71-80. https://hdl.handle.net/2078.5/153515 (Original work published 2008)