Que se passe-t-il lorsque la « littérature sauvage » trouve des passeurs dans le champ institué? Tel est le cas des graffitis dans l’oeuvre de Yannick Haenel, au sein de laquelle des phrases rapportées occupent toujours un rôle central, constituant la force motrice de l’écriture. Plusieurs de ses romans (Cercle, Les renards pâles, Je cherche l’Italie) intègrent à leurs intrigues des tags qui proviennent des murs des villes que parcourent les narrateurs haeneliens. Les Renards pâles, publié en 2013, exploite tout particulièrement ce processus. Les différents graffitis retranscrits et insérés dans la textualité du roman, loin de perdre leur statut « sauvage » en rentrant dans le rang de la forme livresque institutionnalisée, viennent, en tant que « phrases-talismans » investies d’une puissance sacrée, nourrir et renforcer l’aspect « vif » de l’écriture de l’écrivain français. Cette pratique scripturale singulière se voit également insuffler une portée politique – elle permet de rejouer deux notions déterminantes du politique : l’identité et la communauté –, mais surtout révolutionnaire et anarchique, en ouvrant à une autre voie, celle du symbolique. - - - What happens when “unbound literature” finds smugglers within the institutional ranks? Such is the case with the graffiti in Yannick Haenel’s work, where reported sentences always take on a central role and in this way constitute the driving force behind his writing. A number of his novels (Cercle, Les renards pâles, Je cherche l’Italie) integrate into their plots tags coming from cities that Haenelian narrators visit. This process is especially evident in Les Renards pâles, published in 2013. The various tags transcribed and incorporated into the textuality of the novel, far from losing their “wild” features by entering the established literary form, appear as “talisman-sentences” filled with sacred power that nourishes and strengthens the “vivid” aspect of the French writer’s work. This particular writing technique is also invested with political significance; it allows for the repetition of two key concepts in politics: identity and community; and, above all, with revolutionary and anarchic power that invites another approach, that of the symbolic.
Lahouste, C. (2016). Du mur à la page. Poétique du graffiti dans Les Renards pâles de Yannick Haenel. Mémoires du livre / Studies in Book Culture, 8(1), [en ligne]. https://doi.org/10.7202/1038033ar (Original work published 2016)