L’article explore la « proximité » qui se façonne entre des riverains bruxellois et des martinets noirs qui nichent dans des cavités aux abords de leur logement. Alors que ces oiseaux ont depuis des siècles, voire des millénaires, adopté les brèches des constructions humaines pour y installer leur nichée, ils sont mis en péril par le foisonnement de constructions lisses et de rénovations du bâti. À Bruxelles, une poignée de riverains, apprentis naturalistes, agissent en marge des projets de conservation, et tentent plutôt de se relier aux martinets qui vivent dans leur mur ou leur corniche. Comment ces citadins et martinets s’y prennent-ils pour créer ces rapprochements à distance, médiés par les interfaces des bâtiments ? L’article relaie ces proximités équipées au sein desquelles les oiseaux rendent les habitants attentifs, les imprègnent de suspens, de plaisir, d’inquiétude, de dilemmes et de déceptions. Il décortique trois manières d’éprouver la proximité : le repérage, le déploiement de prises architecturales et le dispositif de veille. Ces formes de proximité sont éprouvées, car elles sont porteuses d’engagements avec les artefacts, de manières de faire, de tentatives réussies et échouées et de sources d’incertitude qui leur sont propres. Se trament alors des voies relationnelles singulières entre riverains et oiseaux, les « voies du proche », où s’expérimentent des intrications réciproques. Ces relations de proximité se démarquent des conceptions protectrices et salvatrices des espèces menacées, ou d’un idéal de cohabitation avec elles.
d’Hoop, A. (2025). Éprouver la proximité avec un oiseau menacé. [VertigO] La revue électronique en sciences de l’environnement, 25(1), en ligne. https://doi.org/10.4000/14ljl (Original work published 2025)