L'oeuvre de Maylis de Kerangal incarne un paradoxe : elle vise une description méticuleuse du réel, tout en étant traversée d'un vibrant souffle lyrique. Cette oeuvre participe d'un renouveau de la littérature, qui jette à la fois un regard sur le réel des sociétés contemporaines, et modifie les enjeux de la littérature. L'article souligne le rapport à la technique de cette démarche originale, qui fait apparaître la technique comme une forme symbolique. Il souligne également les rapports coconstitutifs du réel et du langage mis en scène par Maylis de Kerangal. L'auteure renouvelle le genre du roman d'apprentissage fondateur de la modernité. Son oeuvre reste marquée par l'articulation problématique des idéaux et du réel : son recours au genre épique est marqué par une profonde ambivalence. La réconciliation du réel et de l'idéal reste de l'ordre d'une visée esthétique. Le beau et le sublime en offrent d'épisodiques manifestations. Au bout de sa quête du réel, Maylis de Kerangal fait la part belle à la question de la sonorité du texte, de la voix,. La voix de l'auteur renvoie au bruit du monde lui-même, dans une perspective qui échappe au phonocentrisme.
De Munck, J. (2021). Capter le réel, faire vibrer le texte. Le réalisme paradoxal de Maylis de Kerangal. La Revue Générale, 2021(3), 131-149. https://hdl.handle.net/2078.5/113511 (Original work published 2021)