Dieu en tracées créoles : Guyane - Antilles, 1985-2009, une ethnographie (études et travaux revisités et redéployés)

Chanson, Philippe
(2010)

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Details

Authors
  • Chanson, PhilippeUCLouvain
    author
Supervisors
Laurent, Pierre-Joseph
Abstract
(fr) Aboutissement de quelques 25 années de recherche, de collectes et de travaux, cette thèse traite de la question de la perception et de la représentation d’un Dieu dont les expressions sont, à tous niveaux, omniprésentes au sein des cultures créoles de la Guyane et des Antilles françaises profondément marquées par la traite, l’esclavage, la colonisation et le catholicisme hégémonique de cette époque. La thématique en est d’autant paradoxale que « Dieu » ne peut pas être en soi un sujet d’anthropologie. Cependant, la mise à jour d’une « ethnographie de Dieu » a été possible non seulement en mettant à profit des outils de fouilles épistémologiques trouvés à même le terrain, mais en s’en tenant à la règle d’observer résolument l’effet « Dieu » considéré en tant qu’objet d’un croire – à l’inverse du théologien cherchant plutôt à raisonner devant le fait « Dieu » entrevu en tant que sujet croyant. En lieu et place de chapitres classiques, le concept global est de présenter des « tracées » de Dieu, un terme créolophone typique souvent employé par l’intelligentsia antillaise en souvenance des Noirs dits « marrons », ces figures aujourd’hui mythifiées qui fuyaient les Plantations à travers les mornes et les grands-bois non sans manquer d’élaborer des petites sentes reconnaissables à quelques indices que seuls eux-mêmes ou des proches pouvaient déceler. Partant de cette analogie, la recherche piste donc des « tracées » d’un Dieu « marronné » de multiples façons – et souvent secrètement –, non seulement sous les couches d’une Histoire confisquée mais dans toutes les strates sociétales, religieuses, coutumières, littéraires, langagières, imaginaires, etc. de ces pays créoles. Assimilables à de profonds sondages effectués, ces tracées « dé-couvertes », bien que non exhaustives, donnent un large aperçu tant synchronique que diachronique de la problématique observée. À savoir comment et où s’est le plus fortement imprimé ce « label » Dieu constamment prononcé dans tous les quotidiens mais apparaissant fort ambivalent et contrariant dans les tréfonds d’une mémoire blessée et théologiquement blessée chez les sujets créoles. À savoir encore, sur ces terres chahutées par tout ce que le colonialisme aura finalement exporté là sur un même sol en un étalement de peuples, de cultures, de croyances et d’identités (amérindiennes, européennes, africaines, asiatiques, levantines, américaines...) en processus continu, irréversible et imprévisible de métissage, si le « Bon Dieu » créole auquel on se réfère est toujours le Dieu chrétien ou un Dieu en fin de compte « entre-vu » comme la résultante d’une production toute autre ; par exemple tel le bulbe d’un rhizome alimenté par ses multiples tubercules, tiges et radicelles ? C’est dans cette optique qu’ont été retenues, pour cette thèse, huit tracées distribuées en trois registres. Dans un premier registre intitulé « Dieu à fleur de peau », touchant aux mémoires du Corps, sont disséquées trois tracées exposant les grandes blessures théologiques dites « sacrées » dont l’épreuve est toujours remarquablement surmontée : celle de l’arrachement de l’esclave à sa Terre-mère, suivi du gouffre de la traversée et de l’étonnante « re-naissance » de l’arrivée rapportée par tout un matériau anthropo-littéraire aux réminiscences bibliques et prophétiques surprenantes ; celle des stigmates de la trop fameuse fraude théologique de la Malédiction de Cham reportée sur la race noire que propose d’enrayer la philosophie d’une véritable assomption créole ; et celle du faire-mémoire annuel de tous les avatars de la servitude que rejoue annuellement le carnaval créole, grand lieu parodico-théologique où Dieu se retrouve toujours singulièrement endiablé. Un deuxième registre sous-titré « Dieu au bout des lèvres », s’intéressant aux « ex-pressions » de la Parole, avec une tracée mettant en avant le conteur créole et ses subtiles mises en scène détournées d’un Dieu prenant la figure du Maître colonial, ainsi qu’une autre tracée livrant une anthologie de proverbes créoles « théologiques » fort significatifs. Enfin, un troisième registre nommé « Dieu, entrées multiples », touchant aux attentes de l’Esprit et où sont traités en trois tracées les questions relatives aux croyances et pratiques religieuses en culture créole : celle tout d’abord consacrée à ce génial petit génie caustique et très spirituel issu de la condition servile qu’est la débrouillardise aux Antilles-Guyane ; celle, ensuite, s’attachant aux parcours et recours thérapeutiques et religieux pluriels entrepris par les sujets créoles consultant tour à tour tant les séanciers créoles traditionnels (grands dépositaires tutélaires contemporains du magico-religieux ambiant) que les prêtres ou les pasteurs ; et celle, pour terminer, analysant de façon détaillée le panel antillais des niches et des composants religieux juxtaposés en tant que manifestation d’une créolisation culturelle endogène et en tant que combinatoire de l’appréhension globale, par continuum, d’une seule grande appartenance religieuse via la réappropriation d’un Dieu qui, étonnamment relégué hors de tous les systèmes du croire, se retrouve, de fait, à entrées multiples.
Affiliations
  • Institution iconUCLouvainPOLS - Sciences politiques et sociales

Citations

Chanson, P. (2010). Dieu en tracées créoles : Guyane - Antilles, 1985-2009, une ethnographie (études et travaux revisités et redéployés). https://hdl.handle.net/2078.5/62790