Écrire le monde. Regards sur les voyages littéraires du XXe siècle

(2002) Pour écrire il faut partir (colloque international) — Location: Université de Bourgogne – Athénéum (31.January.2002)

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Nous montrerons, dans un premier temps, que la littérature et le voyage sont intimement liés. Trois temps essentiels du voyage (avant, pendant, après) ne peuvent pas se passer de la présence et du soutien de la littérature et trois « moments » forts de la littérature (l’écriture, la lecture et le sujet traité) ne sont souvent rien d’autre qu’une forme de voyage. Ces rapports entre littérature et voyage ne sont pas pour autant aisés. Historiquement, différents problèmes se sont posés (et continuent de se poser) : comment écrire l’altérité et l’ailleurs ? Comment dire l’indicible ? Comment faire sentir la différence et la préserver ? Comment le narrateur-voyageur peut-il être là sans « boucher le paysage » (N. Bouvier)? Comment faire un texte littéraire qui garde la dimension spontanée, fraîche et décousue du voyage ? Comment se situer par rapport à d’autres genres littéraires et à la fiction ? etc. Ces problèmes prennent beaucoup d’ampleur pour de nombreux voyageurs-écrivains du XXe siècle qui se trouvent confrontés à une nouvelle difficulté essentielle: le voyage et son récit paraissent impossibles. Les voyages sont de plus en plus accessibles, rapides, les gens et les lieux finissent par se ressembler un peu partout, internet réduit les distances, bref, tout est connu, décrit. François Maspero, au début des Passagers du Roissy-Express, résume en une formule lapidaire cette antienne des récits de voyage au XXe siècle : « Tous les voyages ont été faits, tous les récits écrits ». Plusieurs textes montrent heureusement que ce constat défaitiste n’est pas de rigueur. D’une part, l’uniformisation tant décriée pourrait bien n’être que relative, mais en outre, cette déploration néglige les pouvoir de la langue, du texte, toujours capable de (re)créer un monde inconnu. On peut en effet penser, avec François Moureau, que le développement des voyages, leur relative accessibilité et la fin des terrae incognitae « ont progressivement fait disparaître le simple récit de voyage » et que c'est donc « la poétique du voyage [qui] y a beaucoup gagné » (Dictionnaire universel des littératures). Le récit de voyage connaît en effet, paradoxalement, un grand succès au XXe siècle notamment parce qu’il s’avère capable « d’emprunter à tous ce dont il a besoin » (J. Raban). Ce sera l’occasion d’évoquer différentes formes littéraires de grands textes du XX siècle : poèmes (Cendrars, Michaux), journaux (Leiris), lettre (Cocteau) et surtout récits (qui parviennent à mêler toutes ces formes, comme par exemple : L’Usage du monde de N. Bouvier, Chemin faisant de J. Lacarrière, Ecuador de H. Michaux). Seront ensuite abordés quelques traits de ces récits qui sont vraisemblablement à l’origine de leur succès : rencontre de l’ailleurs, plaisirs du texte, poésie, aventures, découvertes, documentaire, « proximité » du narrateur, etc. « Pour écrire, il faut partir »… certes, mais pour que les lecteurs puissent continuer de partir (physiquement ou par le seul voyage de la pensée), il faut aussi que des écrivains écrivent et disent notre univers, perçoivent puis transcrivent « le grain du monde si délicat à fixer » (J. Meunier).
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Hambursin, O. (2002). Écrire le monde. Regards sur les voyages littéraires du XXe siècle. Pour écrire il faut partir (colloque international), Université de Bourgogne – Athénéum. https://hdl.handle.net/2078.5/165206