Selon Lacoue-Labarthe, la littérature a toujours pour origine l’impossible souvenir de la mort. Le présent article propose d’étudier les Antimémoires de Malraux à partir de ce postulat, en identifiant la scène primitive qui y est à l’œuvre, afin d’étudier ensuite l’impact de cette scène sur les caractéristiques d’écriture de l’œuvre. L’hypothèse de l’article est de considérer que l’élément qui a déclenché la rédaction des Antimémoires ne se trouve pas dans l’une des trois scènes de l’œuvre relatant une expérience de mort, mais dans ce que Malraux ne cesse de taire, à savoir la mort de ses proches. Ces trois scènes sont donc des substituts primitifs qui permettent à l’auteur de laisser entrevoir ce qu’il est incapable de dire. L’indicible primitif qui traverse les Antimémoires empêche Malraux de se raconter lui-même, puisqu’il ne peut parler des morts auxquelles il a dû faire face. Ceci l’amène à poser les bases d’un genre nouveau, qui rompt avec les pratiques autobiographiques tradi- tionnelles : le genre antimémorial.
Belsack, E. (2018). Les Antimémoires de Malraux. Le genre mémorial à l’épreuve d’un indicible primitif. Les Lettres Romanes, 72(1-2), 51-74. https://doi.org/10.1484/J.LLR.5.116231 (Original work published 2018)