(2017) Société Internationale de Sociologie des Religions (SISR) : Religion, coopération et conflit dans des sociétés diversifiées — Location: Université de Lausanne (4.July.2017)
A la faveur d’une recherche qui avait pour ambition d’approcher la question de la réception du rap chez les jeunes musulmans d’un quartier populaire belge, dans l’espoir d’entrevoir les façons dont l’islam pouvait se « dire en musique », notre entreprise fut le témoin d’une multitude de tensions antérieures et incorporées par les artistes autant que d’une pléthore d’incompréhensions vécues par les amateurs. Ce second groupe, inductivement soumis à l’analyse d’un critère devenu discriminant, l’authenticité, se présente comme étant plongé dans une conflictualité multi-niveaux : « être un vrai » dans le rap, au quartier ou dans l’islam ne peuvent être synonymes pour ces secondes générations de musulmans. Les rappeurs, avec leur exemplarité stricte de ce que peut vouloir dire « être un jeune musulman en Europe », attire et repousse. « Le rap c’est haram », les rappeurs parlent d’islam en chanson, ce sont des « hypocrites ». L’accusation d’hypocrisie est partagée, les rappeurs se le reprochent fréquemment à eux-mêmes, mais ils en profitent également pour tisser un lien de chair vers ces jeunes aux multiples tensions identitaires. La réalité est alors soumise à un « plus tard ». Le « vrai musulman » que l’on espère devenir brouille les frontières ethno-nationales sur le seuil d’un juridisme simplifié. La difficulté de conjuguer islam et vie quotidienne dans nos régions trouve un relais esthétique, de nouveaux orateurs et un nouveau support pour une jeunesse que les anciens n’avaient pu atteindre.
Remy, L. (2017). ‘Être un vrai’ en attendant d’être musulman. Société Internationale de Sociologie des Religions (SISR) : Religion, coopération et conflit dans des sociétés diversifiées, Université de Lausanne. https://hdl.handle.net/2078.5/176280