Comportements et cognitions des parents : mesures et relations avec les comportements externalisés chez le jeune enfant : analyses d’effets médiateurs et modérateurs dans une perspective de causalité réciproque
(fr) Les comportements externalisés chez l’enfant ont fait l’objet d’un vaste champ d’investigation ces dernières décennies dans le but d’en comprendre les tenants et aboutissants. Cette dénomination – comportements externalisés - tire son origine du fait que ces comportements supposent une orientation des émotions négatives vers l’extérieur (Roeser et al., 1998). Ces comportements se caractérisent par un manque d’inhibition et de socialisation (Kovacs & Devlin, 1998) sous-tendu par des aptitudes d’auto-régulation peu développées (Cole et al., 1996). Ils sont par ailleurs un facteur de risque non négligeable pour d’autres formes psychopathologiques survenant plus tard dans l’enfance et l’adolescence et pouvant interférer avec le développement personnel, social et académique (Hinshaw, 1992; Roeser et al., 1998). Soulignons que les comportements externalisés ne revêtent pas d’emblée le caractère d’un trouble mais qu’ils se situent plutôt sur un continuum allant de formes bénignes à des formes réellement problématiques, communément appelé trouble du comportement de type externalisé et qui représente le trouble psychopathologique le plus courant et persistant rencontré durant l’enfance. Un nombre important d’études a pu mettre en lumière différents facteurs étiologiques personnels, familiaux, et contextuels liés au développement de troubles du comportement chez l’enfant (Deater-Deckard, 2001; Deković, 1999). Le présent travail s’est plus particulièrement intéressé aux facteurs parentaux associés aux comportements externalisés chez le jeune enfant (à partir de 3 ans); les parents étant considérés comme une des influences environnementales les plus importantes dans le développement de l’enfant (Smeekens et al., 2007; Stacks, 2005). Considérant les facteurs parentaux, nous nous sommes essentiellement focalisés sur les composantes comportementales et cognitives en référence aux comportements externalisés chez l’enfant (CONTEXTE THEORIQUE). De manière plus spécifique, nous nous sommes intéressés, dans un premier temps, aux comportements parentaux envers l’enfant, sans référence explicite à la fratrie ; examinant les liens entre le comportement de l’enfant et les comportements parentaux qui lui sont adressés (Chapitre 1). Cette approche inter-familiale des comportements parentaux, visant à comparer les familles entre elles, permet de cerner les comportements en jeu dans les inter-influences parents-enfants. A cet égard, les comportements externalisés de l’enfant, dans la mesure où ils sont susceptibles de mettre à mal les compétences éducatives des parents, peuvent amener ces derniers à adopter des comportements négatifs et inefficaces susceptibles de renvoyer la dynamique parents-enfants à un jeu d’influence négative. Dans un second temps, nous avons abordé les comportements parentaux en tant qu’ils peuvent s’adresser de manière particulière aux différents membres de la fratrie (Chapitre 2). Cette approche intra-familiale des comportements parentaux permet, au-delà de la valence absolue des comportements considérés, d’appréhender la manière dont ce traitement différentiel des parents (Parental Differential Treatement, PDT) est également pertinent dans l’étude des comportements externalisés chez l’enfant. Le PDT se justifie par le fait que chaque enfant de la fratrie est unique et distinct des autres (Kowal & Kramer, 1997). Toutefois, lorsqu’il est excessif ou qu’il signe une tendance du parent à préférer ou à négliger un des enfants, le PDT peut occasionner des effets délétères sur le comportement et le développement des enfants (Brody et al., 1992). En outre, la présence d’un ‘fauteur de troubles’ dans la fratrie amène également une polarisation plus importante des comportements parentaux envers chacun des enfants (Brody et al., 1992), polarisation qui à son tour, est susceptible d’exacerber les comportements problématiques chez l’enfant désavantagé. Enfin, nous nous sommes intéressés au sentiment de compétence parentale (SCP ; Chapitre 3), composante cognitive de la parentalité qui s’est révélée être un déterminant incontournable de la qualité et de la compétence parentale (Coleman & Karraker, 2003). Découlant de la théorie de l’apprentissage social de Bandura (1977), le SCP peut être défini comme la perception qu’ont les parents de leur aptitude à exercer leur rôle éducatif et, par conséquent, de leur capacité à influencer positivement le comportement et le développement de leurs enfants (Coleman & Karraker, 2000). Pour cette raison, le SCP est en lien tant avec les comportements parentaux qu’avec les comportements de l’enfant et occupe dès lors, une place essentielle dans la dynamique parents-enfants. Au-delà des liens uniques et spécifiques existant entre les principales variables considérées dans ce travail (comportements parentaux, sentiment de compétence parentale et comportements externalisés), un effort notoire a été consenti pour examiner les combinaisons d’effets possibles. A cet égard, le rôle médiateur du SCP a été exploré dans la mesure où il est susceptible d’endiguer les inter-influences néfastes entre les comportements parentaux et les comportements externalisés de l’enfant. Par ailleurs, plusieurs effets modérateurs, suggérés théoriquement et empiriquement par les études récentes, ont été explorés et testés en incluant notamment la personnalité de l’enfant et les relations fraternelles comme facteurs susceptibles de modérer les processus intra-familiaux. Les différentes hypothèses suggérées par notre revue de la littérature ont été testées de manière empirique à travers six études (CONTRIBUTION EMPIRIQUE). Ces résultats ont été mis en perspective avec ceux présentés dans la littérature dans le but d’insister sur la nature réciproque, complexe et changeante des inter-influences parents-enfants (DISCUSSION GENERALE).
Meunier, J.-C. (2009). Comportements et cognitions des parents : mesures et relations avec les comportements externalisés chez le jeune enfant : analyses d’effets médiateurs et modérateurs dans une perspective de causalité réciproque. https://hdl.handle.net/2078.5/79739