Longueur, désir de roman, romanesque

Zanone, Damien
(2012) La Taille des romans — ISBN: [978-2-8124-0817-5], p. 149-156, published

Files

ZanoneTailledesromans.pdf
  • Open Access
  • Adobe PDF
  • 292.11 KB

Details

Authors
  • Zanone, DamienUCLouvain
    Author
Abstract
Le roman est-il, parmi les genres littéraires, celui qui actualise le mieux l’idée de fiction ? Plus un roman est long, pense-t-on souvent, plus il accomplit la fiction. Or le récit de fiction se caractérise par sa clôture, dispositif nécessaire à l’économie organisée du sens : il a un début, un milieu et une fin ; il doit s’avoir s’arrêter et sa fin est réputée avoir un rôle crucial dans l’irradiation sémantique de l’ensemble. Tel est ce qu’on sait et que pourtant on ne veut pas quand on est lecteur de roman, car le roman n’est pas une idée, comme la fiction, il est une expérience. Le lecteur de roman est celui qui déplore la fin, qui l’éprouve comme une contrainte subie. Le roman (le désir de roman que porte son lecteur) est ennemi de la fin et s’emploie à entretenir la fiction par l’illusion du sans fin. Ainsi, la fiction se définit par la fin et le roman par l’oubli de la fin. Il y a un désir du roman, où le lecteur espère toujours trouver la complicité du narrateur, qui repousse le terme et récuse l’idée de fin : dénégation de la certitude qu’il faut, qu’il faudra finir. L’écriture romanesque n’a que mépris pour les accessoires du métier de littérateur que sont la chute (de la nouvelle ou du poème) et le rideau (du théâtre). Le désir de roman, irrésistiblement, naïvement, se mesure en longueur, en quantité ; il prône un art des prolongements qui, s’il était indéfiniment suivi, aboutirait à la fin de l’art et serait une manière, pour la fiction, de courir à sa perte. Ainsi le roman, actualisation de la fiction, est aussi son péril. Trois issues à cette dispute du roman et de la fiction peuvent être envisagées, marquant la victoire de l’un, ou de l’autre, ou leur neutralisation réciproque : l’inachèvement, quand la fiction est abandonnée par le roman (exemple, "La Vie de Marianne" de Marivaux) ; la désignation du romanesque, quand le roman est thématisé par la fiction (exemple, "Delphine" de Germaine de Staël ou "Indiana" de George Sand) ; la synthèse spiritualiste, quand fiction et roman prennent l’exacte mesure l’un de l’autre et cherchent à se confondre (exemple, "Consuelo" de George Sand).
Affiliations

Citations

Zanone, D. (2012). Longueur, désir de roman, romanesque. In Alexandre Gefen et Tiphaine Samoyault (ed.), La Taille des romans (p. p. 149-156). Classiques Garnier. https://hdl.handle.net/2078.5/35410