Phraséologie, grammaticalisation et constructions. Du divorce au mariage de trois cadres théoriques dynamiques

Bolly, Catherine
(2012) Les “Verbes Parenthétiques”: Hypotaxe, Parataxe ou Parenthèse? / “Parenthetical Verbs”: Hypotaxis, Parataxis or Parenthesis? — Location: Université Paris Ouest Nanterre - La Défense, Paris, France (24.May.2012)

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  • Bolly, CatherineUCLouvain
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Cette communication propose d’étudier, d’une part, la nature du lien entre les deux cadres épistémologiques de la grammaticalisation (Marchello-Nizia, 2006) et de la phraséologie (Granger & Paquot, 2008 ; Bolly, 2011), en prenant appui sur les Grammaires de construction (Goldberg, 2006 ; François, 2008) et la notion de constructionalisation (Traugott & Trousdale, 2010 ; Lewis, 2011 ; Van Bogaert, 2011) et, d’autre part, de déterminer quelle est la place des marqueurs de discours dits ‘parenthétiques’ (Urmson, 1956 ; Schneider, 2007) construits avec un verbe fréquent (par ex. tu vois) dans ces différents modèles théoriques. A l’instar de Bybee & Torres Cacoullos (2009), nous considérerons ces deux modèles comme complémentaires plutôt que comme divergents. Bien que s’ignorant encore largement à l’heure actuelle, ceux-ci partagent en effet un grand nombre de caractéristiques communes, en particulier quand ils s’intéressent aux unités polylexicales : (i) critères sémantiques d’opacité et de non-compositionnalité (en phraséologie), de déplacement/ blanchiment sémantique et d’(inter-)subjectification (en grammaticalisation) ; (ii) critère syntaxique de fixité (en phraséologie), d’autonomisation syntaxique et prosodique (en grammaticalisation) ; (iii) critères de collocabilité ou d’attraction lexicale (en phraséologie), de coalescence syntagmatique et phonologique (en grammaticalisation). Plutôt que de penser la relation entre phraséologie et grammaticalisation en termes de cause à effet, nous proposons de penser cette relation en termes de corrélation de paramètres (provenant de l’un et l’autre cadre épistémologique) susceptible d’agir à la fois sur le statut grammaticalisé et sur le statut phraséologique des constructions parenthétiques. Notre réflexion prendra comme point d’ancrage l’idée, évoquée par Van Bogaert (2011), que le maintien d’une trace de flexibilité syntaxique au sein des constructions parenthétiques ne permettrait pas de considérer celles-ci comme des marqueurs de discours à part entière. Dépassant cette définition bipolaire des marqueurs de discours (héritée d’une vision discrète de l’opposition entre syntaxe et discours), nous formulons pour notre part l’hypothèse que les marqueurs de discours polylexicaux (e.a. les parenthétiques), au même titre que les unités phraséologiques et que les unités grammaticalisées, sont des phénomènes graduels qui, bien qu’appartenant (encore) au domaine de la syntaxe (Ex.1), se comportent néanmoins (déjà) comme des marqueurs de discours (Ex. 2) en français contemporain. (1) YVAN. Tu exagères !... SERGE. Tu vois, il ne dit pas que j'ai tort, il dit que j'exagère, il ne dit pas que j'ai tort. (Théâtre, Moderne, Yasmina REZA, Art, Ext. Frantext) (2) et tu vois en même temps c'est je me dis comme ce ser/ ce serait encore mieux si euh / s'il n'y avait rien eu quoi tu vois / en même temps voilà il y a on a des des / des / enfin la situation faisait que tu vois on s'est connus euh super jeunes aussi quelque part tu vois euh / début rhéto enfin en début rhéto tu es encore un peu ado quoi tu vois […] (Oral, Contemporain, Corpus Valibel) Cette communication sera étayée par des exemples tirés de corpus textuels (oraux et écrits) et s’appuiera sur les résultats d’études antérieures menées sur corpus (en diachronie et en synchronie). Références Bolly, C. (2011). Phraséologie et collocations. Approche sur corpus en français L1 et L2 (GRAMM R. Études de linguistique française 9), Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien: P.I.E. Peter Lang. Bybee, J. & Torres Cacoullos, R. (2009). The role of prefabs in grammaticization: How the particular and the general interact in language change, in R. Corrigan, E. Moravcsik, M. Oulali & K. Wheatley (eds), Formulaic language (Volume 1: Distribution and historical change) (Typological Studies in Language 82), Amsterdam, Philadelphia: John Benjamins, 187-218. François, J. (2008). Les grammaires de constructions: Un bâtiment ouvert aux quatre vents, Cahier du CRISCO 25. Goldberg, A. (2006). Constructions at work: The nature of generalization in language, Oxford: Oxford University Press. Granger, S. & Paquot, M. (2008). Disentangling the phraseological web, in S. Granger & F. Meunier (eds), Phraseology: An interdisciplinary perspective, Amsterdam, Philadelphia: John Benjamins, 27-49. Lewis, D. (2011). A discourse-constructional approach to the emergence of discourse connectives in English, Linguistics 49(2), 415-443. Marchello-Nizia, C. (2006). Grammaticalisation et changement linguistique (Coll. Champs linguistiques), Bruxelles: De Boeck Université-Duculot. Schneider, S. (2007). Reduced parenthetical clauses as mitigators: A corpus study in Spoken French, Italian and Spanish, Amsterdam, Philadelphia: John Benjamins. Traugott, E.C. & Trousdale, G. (eds) (2010). Gradience, Gradualness and Grammaticalization (Typological Studies in Language 90), Amsterdam, Philadelphia: John Benjamins. Urmson, J. (1952). Parenthetical verbs, Mind 61, 480-496. Van Bogaert, J. (2011). I think and other complement-taking mental predicates: A case of and for constructional grammaticalization, Linguistics 49(2), 295-332.
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Citations

Bolly, C. (2012). Phraséologie, grammaticalisation et constructions. Du divorce au mariage de trois cadres théoriques dynamiques. Les “Verbes Parenthétiques”: Hypotaxe, Parataxe ou Parenthèse? / “Parenthetical Verbs”: Hypotaxis, Parataxis or Parenthesis?, Université Paris Ouest Nanterre - La Défense, Paris, France. https://hdl.handle.net/2078.5/268245