Samuel Beckett et Gilles Deleuze : cartographie de deux parcours d'écriture

(2005)

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Authors
Supervisors
Piret, Pierre
;
Michaux, Ginette
Abstract
À un premier niveau, l'objet de cette recherche consiste à « expérimenter » - le concept est de Deleuze - des points de connexion que je juge essentiels entre l'oeuvre de Samuel Beckett et celle de Gilles Deleuze. J'ai ainsi dégagé chez Beckett cinq points clé, c'est-à-dire cinq éléments indispensables à son écriture, qui ne cessent de faire retour dans son oeuvre, pour se retrouver rassemblés dans l'un des derniers textes de l'auteur, Cap au pire. A chacun de ceux-ci, un chapitre est consacré : il s'agit, dans l'ordre, du vide, de la représentation, du sujet, du processus de « minoration » (l'aspiration vers le vide, qui laisse subsister un minimum) et enfin de l'espace-temps. Chacun de ces éléments est lié aux autres, et fonctionne dans tous les écrits ou toutes les réalisations de Beckett - en relation étroite avec le medium artistique utilisé (prose, théâtre, cinéma, télévision). De la sorte, le parcours suivi décrit un mouvement circulaire, et bien évidemment illimité, puisque chez Beckett, la fin fait toujours l'objet d'un atermoiement indéfini ; mouvement circulaire qui nous permet donc de revenir, avec le dernier élément (l'espace-temps), au commencement (le vide). Quant à Gilles Deleuze, il s'agit de montrer en quoi, d'une part, sa philosophie a pu être fortement influencée par un écrivain comme Beckett, et, d'autre part, comment elle peut nous permettre une lecture conceptuelle de l'oeuvre beckettienne. Ainsi, les cinq éléments épinglés dans celle-ci forment autant de points de connexion avec le « rhizome » philosophique deleuzien. Celui-ci s'agence également, en effet, selon un mouvement circulaire d'éternel retour, partant du vide (ou chaos), et fondé sur une conception paradoxale de la temporalité ; en outre, la « crise » de la représentation, qui entraîne une nouvelle conceptualisation de la subjectivité, ainsi que le principe de « l'art mineur », sous-tendent cette pensée. Pensée qui se nourrit constamment de littérature et d'art, et leur emprunte, pour le transposer sur son plan propre, leur mode de création, celui de la fiction. Étant donné la proximité, qui se trace progressivement, entre ces deux parcours d'écriture, rien d'étonnant à ce que Beckett et Deleuze partagent un même « malentendu ». Au sens le plus intuitif, il s'agit d'une mauvaise compréhension de leurs oeuvres (un ensemble de lieux communs, de jugements superficiels,...), assez largement répandue dans l'opinion parce que relayée par une certaine critique, et dont ils sont tous deux victimes. Toutefois, la cartographie de leurs trajectoires respectives permet de dégager progressivement un sens plus intéressant : ce « malentendu » s'avère être voulu par les deux auteurs, puisqu'il fait partie intégrante du « processus de minoration ». Ainsi, le « malentendu » apparaît, en définitive, comme le troisième terme rigoureusement indispensable de la série « mal vu, mal dit, mal entendu » - axiome de ce que Beckett appelle « l'art de l'échec », lequel garantit la poursuite infinie du dire artistique ou philosophique. À un second niveau, cette thèse prétend donc faire l'expérience d'une certaine pratique du rapport entre littérature (ou d'autres formes d'art, comme ceux de la caméra) et philosophie. À l'image des trajets d'écriture de Beckett et de Deleuze, l'espace-temps dans lequel s'inscrit ce rapport peut être qualifié de « topologique » : nous empruntons à Gilles Deleuze le concept du « pli » pour caractériser le lien qui noue ces deux formes de création. Un pli, en effet, trace entre deux espaces contigus (intérieur et extérieur) une frontière bien réelle, et cependant « illocalisable » (comme le répète Deleuze) : adjoints et séparés par une simple pliure, art et philosophie deviennent alors le dedans et le dehors l'un de l'autre. Par conséquent, en rendant opératoire ce concept de pli, on se gardera à la fois des relations de rivalité, d'indifférence ou d'incompréhension mutuelle, ainsi que du risque de réduction de la littérature, par la philosophie, au rôle secondaire d'ornement de sa pensée conceptuelle.
Affiliations

Citations

Ost, I. (2005). Samuel Beckett et Gilles Deleuze : cartographie de deux parcours d’écriture. https://hdl.handle.net/2078.5/58101