Le néolibéralisme ethnographié

Piccoli, Emmanuelle;Simon, Saskia
(2018) Recherches sociologiques et anthropologiques — Vol. 49, n° 2, p. 1-113 (2018)

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Depuis une dizaine d’années, le terme “néolibéralisme” gagne du terrain dans le vocabulaire de la critique, qu’elle soit académique ou issue des ac-teurs du terrain. Il est pourtant rarement explicité et semble au contraire tirer sa force pragmatique de l’absence de signifié stable. Le néolibéra-lisme serait-il donc un «signifiant flottant» (Abélès, 2008 :154), peu utile d’un point de vue heuristique ? Nous pensons que non. Tout en reconnais-sant le flou qui continue à entourer ce concept comme les critiques dont il fait l’objet, le présent numéro postule sa pertinence non seulement heuris-tique mais aussi politique. Nous considérons en effet que le pouvoir de nommer les choses est crucial tant pour l’analyse que pour l’action. Or, à cause de la multiplicité et de la diversité tant des techniques que des dis-cours dans lesquels il s’incarne, le néolibéralisme apparaît rarement comme la rationalité politique qu’il est (voir infra). Ses effets sont encore trop souvent perçus comme des problèmes isolés, indépendants les uns des autres. Ainsi, incapable de penser le phénomène dans sa globalité structu-rante, la critique peine à offrir une alternative présentant un degré similaire d’intégration. Elle se trouve coincée dans des causes particulières qui s’attaquent à des manifestations singulières sans jamais réussir à les articu-ler (Frère, 2015 ; Frère/Jaquemain, 2013). Il nous semble donc nécessaire de visibiliser la rationnalité politique sous-jacente à ces manifestations au-delà de leur diversité, de souligner ses effets transversaux.
Affiliations

Citations

Piccoli, E., & Simon, S. (2018). Le néolibéralisme ethnographié. Recherches sociologiques et anthropologiques, 49(2), 1-113. https://hdl.handle.net/2078.5/97227 (Original work published 2018)