Cet article se propose de penser ensemble Lacan et Levinas sur la question du traumatisme. Il ne s’agit pas de penser ces deux auteurs au regard de tout ce qui les sépare, ni même de comparer de façon générale leurs deux pensées, mais d’essayer de les faire se rejoindre là où tous deux pensent de l’inassimilable. Et ceci, au nom d’une nouvelle conception de la subjectivité – d’une subjectivité traumatisée, constituée en son cœur même par une altérité radicale impossible à assumer. A savoir, au nom d’une subjectivité éthique. Afin de conclure à l’enjeux éthique de la rencontre entre ces deux pensées, nous commencerons par faire retour à l’expérience originaire du « prochain » telle qu’elle est décrite par Freud puis par Levinas – à cette expérience dans laquelle se manifeste pour la première fois une extériorité radicale, cause du trauma. Du constat de cette altérité irréductible, nous définirons ce qui fait le caractère traumatique d’une telle rencontre, et comment cette rencontre toute aussi contingente soit-elle, n’en est pas moins constitutive. Nous nous demanderons finalement si pareille conception de la subjectivité – comme subjectivité traumatisée dont l’intériorité serait constituée en son cœur même par une altérité radicale – ne nous permet pas de repenser la possibilité d’un sujet intrinsèquement éthique et de poser, en un sens, les bases d’une possible genèse de la moralité.
Lorelle, P. (2014). Levinas et Lacan : du traumatisme à l’éthique. Klesis Revue Philosophique, 30(30), 55-80. https://hdl.handle.net/2078.5/91296 (Original work published 2014)