De Hannah Arendt à Jean-Luc Marion en passant par Jankélévitch, Levinas, Derrida et Ricœur, la question du pardon est devenue, en philosophie, celle de l’impardonnable, autrement dit celle de la possibilité de pardonner ce qui, parce qu’il ne peut être pardonné, requiert seul le pardon. On pourra s’étonner du fait qu’aucun de ces auteurs n’ait employé le mot impardon lors même que tous ont ratifié la chose qu’il sert à désigner, chacun affirmant finalement de l’impardonnable. On devra surtout s’interroger sur la possibilité de l’impardonnable lui-même, rien n’interdisant de penser que ce n’est pas parce qu’il y a de l’impardonnable qu’il y a de l’impardon, mais parce qu’il y a de l’impardon qu’il y a de l’impardonnable. Nous le ferons ici en tentant de réduire l’impardonnable à l’impardonné, jusqu’à devoir distinguer l’impardon du non-pardon.