L'argumentaire antisémite de type chrétien est susceptible de trouver appui sur trois registres : un registre politique, en l’occurrence le conflit israélo-palestinien, un registre culturel, où l’on réactive les clichés traditionnels, et enfin, un registre spécifiquement théologique, relevant le plus souvent d’une interprétation antijudaïque de la Bible. Il est clair que ces trois registres ne se trouvent que rarement à l’état pur et que, le plus souvent, ils interfèrent entre eux en se renforçant. Depuis Vatican II, l’histoire des relations judéo-chrétiennes n’a pas démenti le tournant pris par le Concile, mais elle prouve que du chemin reste à parcourir pour parvenir à un enseignement de l’estime, solidement ancré dans l’esprit des fidèles. On peut constater, en effet, que la plupart des manifestations d’antisémitisme dans l’enseignement chrétien ont suscité des réactions à la hauteur du défi qu’elles posaient. Le mal de l’antisémitisme a donc été extirpé de l’enseignement de l’Église par une intervention résolue de ses plus hautes autorités depuis maintenant un demi-siècle. Cela ne signifie pas que le corps entier de l’Église résonne à l’unisson de cette conversion. Une telle réception suppose du temps et un effort persévérant de déconstruction de l’enseignement du mépris.
Bourgine, B. (2015). Les survivances d’antisémitisme dans l’enseignement de l’Église. In Thomas Gergely, Eliezer Ben-Rafael, Benoît Bourgine, Edouard Delruelle, Joël Kotek (ed.), Antisémitismes en Belgique et en Europe (p. p. 57-71). Didier Devillez. https://hdl.handle.net/2078.5/82633