Le journalisme narratif aux Etats-Unis et en Europe francophone : Une modélisation en tension
Vanoost, Marie
(2017) Journée de lancement du programme “Narrations de la société, sociétés de la narration” — Location: Metz (France) (14.November.2017)
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Vanoost, MarieUCLouvain
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En première approximation, le journalisme narratif est souvent défini comme une forme de journalisme qui met en œuvre des techniques d’écriture généralement associées à la littérature de fiction pour « raconter » l’information. Cette première définition ne permet cependant pas de le distinguer d’autres appellations proches : journalisme littéraire, reportage littéraire, non-fiction créative… (Gutkind, 2008 ; Hartsock, 2011 ; Sims, 2008). Adopter le terme de journalisme narratif revient non seulement à définir un objet, mais aussi une grille de lecture de cet objet (Vanoost, 2013a). Mettre l’accent sur la notion de récit demande alors de se situer par rapport à d’autres utilisations de ce terme en journalisme, qu’il s’agisse de genres journalistiques considérés comme narratifs ou de la notion de récit médiatique. La référence au récit permet de s’inscrire en filiation avec la narratologie et d’aller puiser dans les ressources théoriques de cette discipline pour tenter de dépasser l’inventaire des techniques littéraires mises en œuvre en journalisme narratif et de repenser plus fondamentalement ce qui en fait l’essence même. On peut alors considérer ce type de journalisme comme un modèle en tension, cherchant à réconcilier les deux fonctions narratives formalisées par Raphaël Baroni (2008, 2009), la fonction intrigante qui domine dans les récits mimétiques et la fonction configurante qui guide les récits explicatifs (Vanoost, 2013b), et oscillant entre des modes de représentation différents. Pour comprendre ces tensions, il est intéressant de replacer le journalisme narratif dans une perspective historique, en tenant compte des spécificités des aires culturelles dans lesquelles il se développe. On se limitera ici aux États-Unis (notamment Hartsock, 2000 ; Sims, 2007) et à l’Europe francophone (notamment Boucharenc, 2004 ; Thérenty, 2007). Un regard historique sur le journalisme narratif permet également de mettre en évidence comment, tout au long de son histoire, ce modèle s’inscrit dans une logique de résistance aux pratiques journalistiques dominantes. Or, en tant que modèle alternatif, le journalisme narratif transforme les pratiques des journalistes et médias qui le mettent en œuvre, dessinant ainsi un entrelacement d’enjeux éthiques, professionnels et économiques qui lui sont propres et que l’on peut approcher, directement et indirectement, à partir des particularités formelles des récits eux-mêmes (Vanoost, 2016). En tant que modèle alternatif, le journalisme narratif ambitionne aussi de renouveler la relation des médias et de l’information au public. La réception constitue dès lors un terrain de recherche incontournable dans l’étude de ce type de journalisme, même s’il est encore largement inexploré. Ces études de réception empiriques pourraient venir en retour nourrir les réflexions narratologiques, encore largement théoriques, sur les effets affectifs et cognitifs du récit (Vanoost, 2015).
Vanoost, M. (2017). Le journalisme narratif aux Etats-Unis et en Europe francophone : Une modélisation en tension. Journée de lancement du programme “Narrations de la société, sociétés de la narration”, Metz (France). https://hdl.handle.net/2078.5/64030