Vie paysanne et gouvernance rondera dans les Andes : ethnologie de la communauté de l'Ahijadero et de la gestion du vivre ensemble à Bambamarca, Pérou

(2011)

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Servais, Olivier
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La thèse étudie la constitution et le fonctionnement des espaces publics communautaires au sein des caserios (localités rurales) de la province de Hualgayoc-Bambamarca (Cajamarca-Pérou). Elle se base pour cela sur une description ethnographique d’un caserio, sur l’observation participante aux assemblées paysannes de la zone de Bambamarca et sur de très nombreux entretiens formels et informels. Elle est construite autour de quatre grandes parties. La première partie constitue une approche historique et spatiale de la province de Hualgayoc-Bambamarca. Elle montre l’évolution diachronique du territoire et des formes d’autorité et souligne les tensions contemporaines dans l’utilisation de l’espace (notamment entre l’agriculture et les mégaprojets miniers). La deuxième partie est une étude approfondie d’un caserio qui souligne les contradictions et les dynamiques des sociétés andines contemporaines. Reprenant à la fois les thèses andines classiques et les analyses de la paysannerie globalisée, elle montre que l’économie paysanne dépend de dynamiques familiales largement déterritorialisées, mais coexiste avec des organisations communautaires et territoriales. Elle souligne la dissociation, dans cette région, des aspects économique et politique de la vie paysanne et l’existence de deux sphères relationnelles distinctes : d’une part, de l’ordre du familial (au sens large) et, de l’autre, de l’ordre du communautaire. La troisième partie envisage cette sphère communautaire et la régulation du vivre ensemble au niveau local. Après la réforme agraire, la mise en place de rondes paysannes de surveillance nocturne marque une rupture : la force coercitive dans les campagnes est désormais aux mains des paysans. Les « Rondes » évoluent petit à petit en des structures locales de débat en assemblées qui rappellent celles des communautés paysannes d’autres régions du pays. Elles ne sont cependant pas les seules autorités au niveau local et partagent leur rôle de régulation du vivre ensemble avec les autorités nommées officiellement et les assemblées de femmes mises sur pied par les programmes sociaux d’assistance. Les différentes autorités coexistent au sein du caserio et se réunissent notamment pour administrer localement une justice paysanne pragmatique, réactive et laissant une place importante au corps. En étant distincte des groupes religieux et des pratiques magiques, cette sphère publique communautaire impose en outre une forme de neutralité à l’espace public local. Enfin, la quatrième partie de la thèse analyse le rapport entre les organisations de gestion du vivre ensemble local et l’Etat. Elle montre que si la reconnaissance juridique de l’autorité paysanne est forte dans l’administration de la justice, la loi n’accorde aucun pouvoir de décision aux populations locales (non reconnues comme indigènes) lorsqu’il s’agit de l’exploitation des ressources naturelles. A la décentralisation juridique correspond donc une centralisation politique qui impose les décisions concernant l’utilisation du territoire. Finalement, la thèse met en évidence la séparation des logiques politiques entre, d’un côté, des pratiques locales et paysannes et, de l’autre, le jeu électoral étatique ; ce qui tend à reproduire le schéma du pouvoir colonial et des relations de type clientéliste avec l’Etat.
Affiliations
  • Institution iconUCLouvainSSH/IACS/IACS - Institute of Analysis of Change in Contemporary and Historical Societies

Citations

Piccoli, E. (2011). Vie paysanne et gouvernance rondera dans les Andes : ethnologie de la communauté de l’Ahijadero et de la gestion du vivre ensemble à Bambamarca, Pérou. https://hdl.handle.net/2078.5/59103