Le symptôme le plus manifeste de la crise de 2008 a été son aspect financier ; on a pu alors parler de crise du capitalisme, de crise économique, de crise du système bancaire, etc. Les gens ont alors senti dans leur chair qu’ils dépendaient d’un système économique sur lequel ils n’avaient aucune prise, et qui façonnait pourtant largement leur existence. Dans la contribution qui va suivre, je vais généraliser cette pensée en introduisant la notion de modes de vie : ce ne sont pas seulement les aspects économiques et financiers de notre existence qui sont hors de notre portée, mais tout ce qui, bien plus profondément, détermine toutes les attentes de comportement qui façonnent notre vie sociale. Il en résulte un puissant sentiment de dépossession, paradoxalement renforcé par l’importance des droits démocratiques : en tant qu’agents autonomes, nous pouvons décider de tout, sauf de ce qui nous affecte le plus, à savoir nos modes de vie. La crise financière n’a été ainsi que le symptôme d’un phénomène beaucoup plus large, celui de la dépossession des individus de leur existence. Bernard Stiegler appelle cela la société automatique. Ici, j’examine en quoi l’éthique libérale des droits individuels contribue activement à ce processus.
Hunyadi, M. (2017). Democracy Beyond Liberalism: For a ‘Modes de Vie’ Politic. In Magatti, Mauro (ed.), The Crisis Conundrum. How to reconcile Economy and Society (p. 254 p.). Palgrave McMillan. https://doi.org/10.1007/978-3-319-47864-7