Ce chapitre porte sur les théories de la justice distributive entre générations. La première partie discute trois défis à la possibilité même de parler d’obligations de justice intergénérationnelle : le problème de la non-existence, le problème de la non-identité, la conclusion répugnante. La deuxième partie discute la justification et la définition des obligations de justice à l’égard des générations futures, à partir de trois théories : le suffisantisme, le welfarisme, le principe de juste épargne de Rawls. Cette discussion conclut que : (i) la version la plus plausible du suffisantisme prôné par le célèbre rapport Brundtland est un suffisantisme multiniveaux, qui permet de prioriser la satisfaction des besoins de base des différentes générations tout en reconnaissant l’importance de garantir les aspirations dans un second temps. (ii) Le problème de la malléabilité des préférences futures semble de prime abord une objection décisive contre le welfarisme intergénérationnel : même si nous leur léguions très peu de ressources et un environnement dégradé, nous pourrions apprendre aux générations suivantes à adapter leurs préférences à cette situation. Nous montrons que le welfarisme peut répondre à cette objection. (iii) Une interprétation à la fois suffisantiste et limitiste du principe de juste épargne rawlsien est proposée : l’épargne intergénérationnelle est requise jusqu’à ce que le capital accumulé suffise à maintenir les institutions justes ; sous la forme de croissance des richesses matérielles, l’épargne intergénérationnelle est prohibée au-delà d’une certaine limite car elle érode le sens de la justice. La troisième partie aborde la question de la mise en œuvre de la justice intergénérationnelle en contexte non-idéal.