Les sociétés plurilingues en débat

(2014) Revue internationale de politique comparée — Vol. 21, n° 4, p. 166 p. (2014)

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Le premier cas, celui du Luxembourg étudié par Núria Garcia, est marqué par un monolinguisme politique dans une société plurilingue. Le Luxembourg mérite d’être analysé en ce sens qu’il est l’exemple même d’une société plurilingue où la presque totalité de la population est multilingue et où aucun conflit ouvert entre les groupes linguistiques n’existe. Toutefois, l’auteure vise à comprendre l’instrumentalisation de la langue qui existe depuis plusieurs décennies dans une optique essentiellement défensive (dans un contexte marqué par un nombre croissant d’étrangers) menant à une réaffirmation du lien entre la maîtrise de cette langue et l’accès à des droits politiques. À travers le cas du Luxembourg, il s’agit plus largement d’analyser la prégnance d’une norme démocratique historiquement liée au modèle de l’État-nation monolingue sur les sociétés plurilingues contemporaines. 11La Moldavie, pays plurilingue à la recherche d’une langue symbole d’identité nationale, est souvent caractérisée comme étant moins pacifiée d’un point de vue linguistico-culturel qu’en Europe occidentale. Comme le démontre l’auteure de cet article, Angela Tacea, son passé soviétique n’y est pas étranger. Voguant entre le russe, le roumain et le moldave, la société moldave, lors de son indépendance, commence à peine à mener une politique linguistique faisant consensus. Ce que l’auteure souhaite comprendre est la manière avec laquelle les acteurs politiques moldaves tentent de renforcer un sentiment d’identité nationale et ce, aux moyens des outils linguistiques, afin de garantir un certain ordre politique dans cette société plurilingue. La question linguistique, ainsi, est passée du fait social à un réel problème public à résoudre. En ce sens, elle est devenue un objet de politique publique important en Moldavie. Le Haut-Adige/Tyrol du Sud, au nord de l’Italie, souvent cité comme modèle du plurilinguisme, mais qui repose sur une séparation quasi-étanche des groupes linguistiques – germanophone, italophone et ladin – et un traitement différencié des identités reconnues à travers l’ensemble du territoire, est présenté par Elisabeth Alber. À travers l’analyse du régime linguistique institutionnalisé et plus particulièrement du système scolaire, l’auteure met en évidence les enjeux linguistiques et les solutions dégagées visant à satisfaire l’ensemble de la société sud-tyrolienne, sans pour autant, au contraire, clore le débat une fois pour toute. 13Le cas suisse, traité par Sean Mueller et Paolo Dardanelli, est particulièrement intéressant et original en ce qu’il constitue un État fédéral (à trois niveaux) et plurilingue, mais pas plurinational comme l’est la Belgique, par exemple. L’article traite d’abord de la construction institutionnelle différente des pouvoirs locaux dans les cantons alémaniques et romands – héritage d’une histoire qui fut liée à celle de son voisin français – avant d’analyser les réponses aux référendums des électeurs de ces deux types de cantons sous l’angle de leur opposition entre l’attachement au principe de subsidiarité (Alémaniques) versus attachement au principe jacobin centralisateur des pouvoirs (Romands). 14Le dernier cas étudié, par les linguistes Alix Dassargues et Julien Perrez et le politiste Min Reuchamps, est la Belgique. Dans ce pays, malgré le caractère minoritaire du groupe linguistique francophone, on dénote un manque d’intérêt de leur part à l’égard du plurilinguisme. Ceux-ci se sont historiquement montrés moins enclins à apprendre la langue du groupe linguistique, néerlandophone, majoritaire que ce dernier d’apprendre la langue du groupe linguistique, francophone, minoritaire. Ce constat est atypique puisque c’est traditionnellement l’inverse qui est remarqué. Pour comprendre cette réalité, il convient de se plonger dans la nature même du conflit. Est-il de nature linguistique ou communautaire ? Après avoir distingué ces deux notions, c’est en étudiant les représentations mentales des citoyens ainsi que les métaphores auxquelles ces derniers recourent que les auteurs entendent comprendre la présence des dimensions linguistique et communautaire dans le chef des citoyens belges.
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Citations

Reuchamps, M. (2014). Les sociétés plurilingues en débat. Revue internationale de politique comparée, 21(4), 166 p. https://hdl.handle.net/2078.5/57468 (Original work published 2014)