Poséidon souverain. Contribution à l'histoire religieuse de la Grèce mycénienne et archaïque

(2009)

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Isebaert, Lambert
;
Marchetti, Patrick
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Nous nous sommes attaché, dans notre thèse de doctorat, à montrer l’évolution, entre le IIe et le Ier millénaire, de la place et des fonctions qu’occupe le dieu Poséidon dans les panthéons grecs, et à mettre cette évolution en relation avec la transition d’un modèle socio-économique palatial à un nouveau type de société, prémices de la cité-État (polis) de l’époque classique. La méthode adoptée consista à étudier les dieux grecs en contexte social et, en particulier, à déterminer les liens entre la souveraineté humaine et la souveraineté divine dans les palais mycéniens et dans les sociétés de l’époque archaïque. Quand la documentation écrite manquait dans le domaine proprement grec, nous avons recouru à la comparaison avec les données religieuses livrées par les sites proche-orientaux : la pauvreté relative des tablettes mycéniennes en linéaire B pour l’étude de la religion grecque obligea à étudier le système religieux de la société palatiale contemporaine d’Ougarit — bien mieux documenté —, tandis que l’intervalle sans écriture qui s’étend depuis la chute des palais mycéniens (c. 1200) jusqu’à l’invention de l’alphabet grec à l’époque archaïque (c. 750) a donné lieu à l’analyse des schémas mythiques hérités de la Mésopotamie, ayant transité par l’Anatolie à l’Âge du Bronze et aboutissant, au début de l’époque archaïque, dans les récits mythologiques et théogoniques de l’Asie Mineure, véhiculés notamment par Homère et Hésiode. Pour le Ier millénaire, le problème est inverse : la richesse de la documentation écrite a amené à resserrer l’analyse sur la théologie prônée par la littérature grecque de l’époque archaïque (épopée homérique, théogonie hésiodique, œuvres tragiques et lyriques), ainsi que sur un exemple de panthéon civique (cultes et mythes de l’acropole d’Athènes). Les résultats de cette enquête sont de deux ordres. D’une part, nous avons restitué, au départ des tablettes mycéniennes de Pylos (Messénie) et à l’aide de la comparaison avec l’idéologie religieuse d’Ougarit, un système religieux palatial centré sur un dieu conçu comme père et roi universel, lequel délègue son autorité souveraine au jeune dieu de l’Orage parmi les dieux, au roi humain parmi les hommes. Ce dieu central a nom El à Ougarit, Poséidon à Pylos et — sans doute — dans les autres palais mycéniens continentaux ; le dieu de l’Orage se nomme Ba‛al à Ougarit et Zeus en Grèce ; les rois humains et, plus généralement, les élites palatiales de Syrie et de Grèce disposent de fonctions et de prérogatives similaires, aux deux extrémités de la Méditerranée orientale. D’autre part, nous avons étudié l’inflexion profonde et radicale que subissent les rapports entre les dieux Poséidon et Zeus dans la théologie grecque du Ier millénaire : l’émergence de nouvelles formes de vie sociale bouleverse l’ordonnance du monde des dieux, où Zeus et les valeurs politiques portées par ce dieu occupent désormais la première place ; largement débouté de ses anciens attributs paternels et souverain, Poséidon est systématiquement reconverti en un dieu chtonien violent, qui s’exprime essentiellement par des catastrophes naturelles tels les séismes et raz-de-marée, et devient étranger à tout ordre social.
Affiliations

Citations

Doyen, C. (2009). Poséidon souverain. Contribution à l’histoire religieuse de la Grèce mycénienne et archaïque. https://hdl.handle.net/2078.5/53462