Fumée et éclat dans l’espace public : les feux d’artifice de la culture du spectacle baroque dans les anciens Pays-Bas

(2017) Fumées célestes ou funestes. Du 12e au 18e siècle — ISBN: [978-2-87502-065-9], published

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Moments clés de la conscience collective, les fêtes publiques connaissent au cours de la première modernité une nouvelle intensité. En suspendant les activités et les gestes quotidiens, elles créent un autre monde métamorphosé par la magnificence et constituent un réel « paroxysme de vie ». Les codes, les valeurs, les craintes ou les joies d’une société y sont non seulement représentés mais aussi intensifiés, de sorte que la fête peut être considérée comme le lieu de visibilité par excellence d’une société, là où elle se met en scène et s’auto-représente. Et c’est certainement par le biais de l’exécution de feux d’artifice que cette société se met en scène de la manière la plus spectaculaire. Expression paradigmatique du plaisir éphémère et du gaspillage, les feux d’artifice permettent d’exhiber le superflu ou l’extraordinaire. Ils sont le symbole par excellence de la dépense somptuaire par laquelle les grands acquièrent gloire et honneur, manifestent leur puissance et leur supériorité hors du commun. Qu’il s’agisse de fêtes civiles (telles que mariages, couronnements ou entrées royales et princières), mais aussi de fêtes militaires (comme les victoires, signatures de paix, destitutions, etc.) ou encore de cérémonies religieuses (béatifications ou canonisations de saints, fêtes de saints patrons locaux, etc.), les feux d’artifice constituent le point culminant des festivités. Les images et les textes décrivent inlassablement la foule de peuple fourmillant dans les rues, débordant des fenêtres, entassée sur les toits des maisons de la ville, ou accourant de toute part depuis les régions voisines pour assister aux feux triomphaux qui clôturent souvent les réjouissances. Ces rassemblements massifs de peuple autour des feux participent d’une sorte d’exaltation, d’une euphorie contagieuse qui se consume en cris et en gestes , d’un climat de tension singulier où, comme on aimerait le démontrer, la merveille se confond avec l’effroi, la nature avec l’artifice, le plaisir avec l’instruction. Mais cette expérience sublime de l’éphémère est encore à son tour sublimée par les images et les textes imprimés (les relations ou livrets de fête) qui les décrivent et sont chargés d’en maintenir un souvenir durable, des textes et des images qui, comme on l’abordera, sont truffés d’enjeux idéologiques et rusent de stratégies visuelles pour représenter l’ineffable.
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Heering, C. (2017). Fumée et éclat dans l’espace public : les feux d’artifice de la culture du spectacle baroque dans les anciens Pays-Bas. In Carlier, Aurore (ed.), Fumées célestes ou funestes. Du 12e au 18e siècle. Société archéologique de Namur. https://hdl.handle.net/2078.5/52504