A environ deux siècles de distance, Genucius et Poblicius Hilarus sont tous deux des dévots de Mater Magna et d’Attis, qui participent à l’une des processions accompagnant les fêtes de mars de la déesse. Au-delà de ce point commun, tout les sépare. Par sa castration volontaire, le premier, galle de Mater Magna, vit en marge de la société ; il se verra même refuser un héritage et l’accès au tribunal, en raison du statut indéterminé de son sexe. Le second, marchand prospère, père de famille, a obtenu la présidence d’une association impliquée dans le culte de la déesse et fait bénéficier les dendrophores de ses largesses – ce qui lui vaut les marques de reconnaissance de ses collègues. Il adopte ainsi un comportement typique des magistri de collèges, issus de la plèbe et du milieu des affranchis, qui se distinguent par leur richesse et leur générosité de la plupart des membres de leur association. Les galles, ni hommes-ni femmes, sont marginalisés, moqués, mis à distance, rejetés dans la sphère de l’ « étranger », du « non-romain » et représentent en quelque sorte une altérité radicale et irréductible. Les dendrophores, quant à eux, n’appartiennent certes pas à l’élite de la société mais leur intégration dans un collège jouissant d’une grande visibilité et d’une reconnaissance officielle contribue à les différencier de la masse de la plèbe et des affranchis. A la différence des galles qui suscitent une forme d’inquiétude – ils ne peuvent être classés dans l’une des deux catégories genrées reconnues par les Romains –, les dendrophores ne constituent en rien une « menace » pour la société, dont ils perpétuent le système de valeurs.
Van Haeperen, F. (2018). Su alcuni fedeli della Mater Magna. In C. Bonnet, E. Sanzi (ed.), Roma, la città degli dèi. La capitale dell’Impero come laboratorio religioso (pp. 29-38). Carocci. https://hdl.handle.net/2078.5/49678